« Mères pas parfaites »…

Samedi 25 juin, La Presse+, le dossier de Suzanne Colpron, « Mères pas parfaites« : tout un sujet… Jeudi dernier, j’étais chez MAM à Saint-Hubert.  On m’avait demandé de parler du sommeil à la « Pause MAM »… pour moi, ça a été un moment de pur bonheur de côtoyer ces mamans et leurs petits.

Parler du sommeil des tout-petits, c’est « simple »… leurs cycles d’éveil et de sommeil s’organisent à mesure que leur cerveau se développe; selon Dr Brazelton, pédiatre américain, un tout-petit dormirait une nuit vers l’âge de… 3 ans.  Ça se comprend:  à la naissance, le cerveau de nos petits a environ 25% de la taille du cerveau de l’adulte et à 1 an, leur cerveau a environ 75% de la taille du cerveau de l’adulte.  Au cours des premières semaines de vie, une « belle nuit » du bébé, c’est 3-4 heures de sommeil… en autant que durant les 20-21 heures qui restent, il prend 10-12  tétées, il mouille plus de 6 couches et il fait des selles.  À ce stade, une tétée peut facilement durer 45 minutes…  C’est sans compter les tétées groupées de fin de journée et aussi, les périodes d’orages… Sortez vos calculatrices… Je vous entends dire: « Une maman qui allaite, surtout durant les premières semaines, … »  Voilà, vous l’avez dit, j’en suis pas mal certaine… « …une maman qui allaite ne fait pas grand chose à part allaiter » même les mamans le disent.  Sincèrement, combien de fois l’avez vous entendue, cette phrase-là…? Moi, je peux vous dire que je l’ai entendue souvent.  Avoir un nouveau bébé, être la maman de ce nouveau bébé, c’est un « travail » en soi, non…?

Nous visons tous et toutes ce qu’il y a de mieux… et c’est peut-être encore plus vrai quand nos enfants sont au cœur de notre vie.  Jeudi, à la « Pause MAM », les mamans disaient  « Oui, mais à travers ma fatigue, à travers les tétées et les soins du bébé, il faut que je prépare le souper, que je fasse le lavage, que je… »  et aussi « Oui, mais mon bébé, si je ne reste pas à côté, il ne fera pas de sieste »…   Une maman avait un peu plus de vécu: elle en était à son 2e bébé.  À quelques reprises, elle a exprimé qu’à un moment donné, n’en pouvant plus, elle acceptait des comportements de son ainé qu’initialement elle refusait.  C’est comme si ces nouvelles mamans ne s’autorisaient pas à se reposer, à prendre soin d’elles et elles le font quand elles sont poussées au pied du mur…  Avec le recul du temps et la sagesse qu’apportent les années ( 🙂 ), je crois que, dans le fond, la vie est très bien faite…  Une maman vit une grossesse, un accouchement « une expérience extrême* » (parfois doublé d’une césarienne, soit une chirurgie abdominale) et ensuite, 24 heures par jour et 7 jours par semaine, elle vit avec son bébé qui arrive d’une autre planète, un « Voie-lactien« … Comment peut-elle, logiquement, humainement, faire la vie d’avant bébé avec ce bébé qui impose ce rythme incroyable les premières semaines?  Comment peut-elle donner à son bébé de l’attention, de l’amour, des soins si elle est fatiguée, si elle a faim, si elle ne prend pas soin d’elle…?  Oui, je crois que la vie est vraiment bien faite dans la mesure où la vie pousse maman à mettre ses besoins humains de repos et d’alimentation appropriée au premier plan…

Dans le cadre de ma pratique, j’invite chaque nouvelle maman à suivre l’horaire de son bébé, « tout simplement »: « Si bébé dort, reposez-vous et s’il tète, prenez une collation avec des protéines, et ce, jour et nuit ».  Je leur suggère « tout simplement » de s’alimenter, de se reposer et les mamans qui le font se sentent mieux et profitent mieux de la vie et de leur « voie-lactien », elles se sentent plus solides pour les moments de tempête.  C’est vrai…, il y a le souper à préparer, le lavage (et tous les autres « …age », ménage, repassage, époussetage…), les fleurs à planter, les photos à classer et les nombreux items sur les multiples listes que la plupart des femmes font quand elles arrêtent de travailler… « à l’extérieur », listes que bien souvent elles n’ouvrent même pas… et dont elles parlent avec un peu-beaucoup de culpabilité pendant leur « congé de maternité » (toute une expression, celle-là)… Oui,  et ce tout-petit que maman a « tricoté », qu’elle a mis au monde, qu’elle allaite… ne pourrait-il pas être la « bonne excuse » de maman pour vivre au rythme de ce petit les premières semaines?  Est-ce que maman-papa, en démarrage de famille, ne pourraient pas confier les « …ages » à l’entourage, à leur village…?

Isabelle Filliozat dans « Il n’y a pas de parent parfait – L’histoire de nos enfants commence par la nôtre », dit entre autres, p. 45:

Un enfant n’a pas besoin de parents parfaits, il a besoin de parents suffisamment bons, c’est-à-dire de parents qui, bien entendu, tentent de faire pour le mieux pour s’occuper de lui, qui le protègent et le nourrissent, qui évitent de le blesser, de le frustrer excessivement, mais qui se savent capables d’erreurs et se montrent aptes à les reconnaître.  Un enfant veut rencontrer non un rôle en face de lui, mais une personne, une vraie personne,  avec ses émotions et ses propres besoins, ses pensées et ses valeurs, ses compétences et ses limites.

Tellement vrai… Nous sommes des êtres humains.  La femme qui porte un enfant, le met au monde, l’allaite, fait un don de soi incommensurable…  Ce n’est pas tout:  bébé, en sortant du ventre de sa maman, a besoin d’elle comme point d’ancrage, de sécurité, dans ce monde si nouveau pour lui et il en a besoin, de sa maman à lui, 24 heures par jour, 7 jours par semaine.  Bébé s’attache d’abord à sa maman à lui puis, au fil des jours, il s’attache à son papa à lui et bébé étire ses liens d’attachement aux autres personnes qui le côtoient.  Au début de sa vie, bébé a besoin de sa maman à lui… dans un monde idéal, ce n’est pas interchangeable.  Oui, papa est là – durant les premières semaines, son rôle est davantage de nourrir maman (d’amour et d’aliments santé) afin qu’elle puisse « nourrir » bébé (le lait maternel est un aliment d’amour et de santé 🙂 ).  L’idéal pour ce petit « voie-lactien », c’est re-trouver sa maman à lui, retrouver en dehors de son ventre celle qui a accepté de le loger en elle et qui lui a fourni les matériaux nécessaires à une première partie de sa construction. Cette maman a fait tout un travail depuis la conception de son tout-petit et maintenant, en l’allaitant, en restant avec lui, en vivant les hauts et les bas de sa courte vie,  elle poursuit la construction d’un être humain, d’un homme d’une femme de demain, rien de moins…  Autant c’est grand, autant c’est exigeant pour sa maman, son papa.

La vie, c’est un grand cercle.  Maman donne beaucoup d’elle-même en mettant au monde un enfant.  C’est dans l’ordre naturel des choses que maman reçoive, ensuite…Chaque maman mérite que nous lui rendions hommage… Et selon moi, rendre hommage à une maman, c’est, entre autres, faire tout ce qu’on peut pour qu’elle puisse suivre l’horaire de son tout-petit les premières semaines, pour que « son corps sa tête son cœur »puissent reprendre leur souffle.  Rendre hommage à une maman, c’est aussi s’asseoir près d’elle et être à son écoute, se préoccuper vraiment et sincèrement du « comment elle se sent en dedans ».   Rendre hommage à une maman, c’est aussi changer notre vocabulaire. Mon conjoint l’avait compris d’instinct:  nous faisions des rénovations à la maison et j’étais enceinte de notre 3e bébé.  Mon ventre plein de vie limitait mes mouvements.  J’ai alors dit à Luc que ça m’enrageait de ne rien faire… ce à quoi il a répondu que j’étais occupée à faire un bébé 🙂 .  Lui, il avait compris…

Finalement, maman doit apprendre à demander et aussi, accepter de recevoir: quand son village lui rend hommage, elle devrait accepter ces hommages, elle devrait accepter d’être entourée,  elle devrait accepter de ralentir son pas pour suivre le rythme de son tout-petit les premières semaines.  Saviez-vous qu’il existe des sociétés où les femmes acceptent d’être dans un cocon avec leur bébé les premières semaines et d’être prises en charge par les femmes de leur clan?  Ces nouvelles mamans vivent très peu de symptômes d’état dépressif.  Intéressant…  À bien y penser, tous les « …age » qui doivent être faits aujourd’hui, devront être re-faits demain et après demain.  Et je suis à peu près certaine qu’il est toujours possible de trouver quelqu’un pour s’en occuper – bien sûr, ce ne sera jamais fait comme si c’était maman qui le faisait… et puis…?  Est-ce si grave que ça que les serviettes lavées soient pliées autrement, que les assiettes propres soient à gauche, que  le yogourt acheté soit un peu plus riche en matières grasses?  Papa a aidé l’aîné de 3 ans à s’habiller… sauf que le choix des couleurs laisse à désirer, selon maman… Ce n’est pas parfait… par contre, l’aîné est habillé et il a l’air tellement heureux avec son papa à lui…  Est-ce si grave que ça que ça ne soit pas parfait…?   Peut-être pas tant que ça…si ça permet à maman de prendre le temps de vivre, de sentir son tout-petit s’endormir, blotti contre elle, de capter son premier sourire, de plonger ses yeux dans les yeux de son tout-petit quelques secondes d’éternité… de goûter « parfaitement » et « tout simplement » à ces moments magiques qui eux, ne passent qu’une fois dans la vie…

Suzanne Colpron termine son article en disant « On t’adore, maman, mais tu ne peux pas être parfaite, m’ont dit mes enfants. La perfection, ça n’existe pas. Être une mère, c’est compliqué. »  Oui, c’est vrai… et je souhaite, à toutes les mamans, une vie…parfaite de moments magiques et imparfaite de tous les « …age » 🙂

* Isabelle Filliozat, « Il n’y a pas de parent parfait », p. 184

1990-07-15 Louise, CA, JF

Saviez-vous que…

#1. L’efficacité (millilitres/minute) du bébé à prendre le lait de maman augmente avec l’âge: 6.6 mL/min à 1 mois puis 21.2 mL/min à 6 mois. (Core Curriculum, 2013, p. 308).
#2. « Suck-swallow-breathe »/ tète, avale, respire: ça solliciterait 26 muscles + 6 nerfs crâniens + 22 os (Core curr., 2013, p. 278 et GOLD Conferences)
#3. Le bébé qui a des joues bien rondes est privilégié: ses joues procurent une stabilité durant la tétée et contribuent à former un sceau (« seal ») étanche avec les lèvres. (Core curr., 2013, p. 309)
#4. Le frein de langue se forme dans le ventre de maman et est supposé régresser durant la 2e partie de la gestation. (Core curr., 2013, p. 281)
#5. Dans les dernières semaines de grossesse, bébé avale à peu près la moitié du volume total de liquide amniotique chaque jour. (Core curr., 2013, p. 303)
#6. Bébé, dans le ventre de sa maman, est familier avec la senteur du liquide amniotique. Après sa naissance, il garde une préférence pour les objets qui sentent le liquide amniotique de sa maman. Cette préférence change 4-5 jours après la naissance: bébé préfère alors ce qui sent le lait de sa maman. (Core curr., p. 500)
#7. Après la naissance, il est possible que bébé soit dans un état d’éveil calme jusqu’à 2 heures après la naissance. Maman et bébé en peau à peau baignent dans un cocktail d’hormones dont la prolactine (hormone qui produit le lait), l’ocytocine (hormone de l’amour), les endorphines (hormone du calme). Cette période de premier contact maman-bébé est un jalon important pour l’attachement bébé-maman et pour le lien de soins maman-bébé et papa-bébé. L’intimité de la nouvelle famille devrait être assurée à ce moment charnière de leur nouvelle vie. (Core curr., pp. 502 à 505)
#8. Maman devrait être encouragée à allaiter bébé dès qu’il démontre des signes de faim. Un bébé qui pleure est un bébé désorganisé qui a peut-être très faim. (Core curr., p. 512)
#9. Dans des conditions optimales, la production abondante de lait commence 30-40 heures après le retrait du placenta de l’utérus. Chez les « western mothers », c’est entre les jours 2 et 4. (Core curr., p. 818)
#10. Certaines thérapies peuvent aider maman à augmenter sa production lactée. La chiropractie, entre autres, pourrait contribuer à corriger une subluxation interférant avec la voie empruntée par les nerfs impliqués dans la lactation. (Core curr., p. 835)
#11  Contraception: le retour des menstruations chez la maman qui allaite est très variable.  Ce qui est intéressant, c’est que la menstruation peut avoir été précédée d’une ovulation…  En période de menstruation, la composition du lait maternel ne change pas; cependant, le goût du lait peut changer et bébé peut être maussade voire même refuser le sein. (Core curr., p. 70).
#12 Durant la grossesse, les couples ayant un niveau plus élevé de soutien des proches rapportent un niveau plus bas de détresse à 6 semaines post partum. (Core curr., p. 66)
#13 Bocar et al. (1987) ont établi des étapes dans l’acquisition du rôle parental: anticipative, formelle, informelle et personnelle.  Cette dernière étape, personnelle, arrive quand les parents modifient leurs pratiques et évoluent vers leur propre style parental.  Les parents qui adoptent des modes de parentage plus rigides comme « laisser pleurer bébé », « tétées à des heures précises » arrivent très difficilement à cette étape de parentage personnel. Quand les parents adoptent un mode de parentage plus rigide, différentes situations peuvent se présenter: diminution de la production lactée, ralentissement du gain de poids du bébé, refus du bébé de prendre le sein.  Les bébés qu’on laisse pleurer peuvent démontrer du détachement, des symptômes d’état dépressif, des problèmes alimentaires, des comportements d’auto stimulation et d’auto apaisement précoces. (Core curr., p. 67)
#14 Les indicateurs clé d’un lien de soins sécure entre le parent et son bébé sont la sensibilité et la réactivité du parent à son bébé.  L’attachement sécure du bébé envers son parent à 12-18 mois est relié à une meilleure habilité de l’enfant à résoudre des problèmes à 2 ans et aussi à de meilleures compétences sociales de cet enfant à 3 ans. (Core curr., p. 68)
#15 Il n’y a pas que les hormones de maman qui varient quand elle entend son bébé pleurer… celles de papa aussi: ses niveaux de prolactine et de testostérone augmentent. (Core curr., p. 69)
16.  Chapitre 4, Core curriculum, ajustements émotionnels post partum et chapitre 6, santé mentale de la mère et l’allaitement
  • 50%-80% des femmes en post partum éprouvent une détresse émotionnelle 2-3 jours après l’accouchement.
  • Ces blues sont plus fréquents chez une primipare (maman la 1ère fois).
  • Il faut songer à consulter si ces blues durent plus de 2 semaines.
  • 10% des papas peuvent vivre une dépression: ceux qui ont seulement leur conjointe et les collègues de travail pour ventiler sont plus à risque de souffrir de dépression.
  • Chez la maman qui allaite, le succès de l’allaitement est en partie relié au support/soutien qu’elle reçoit (dans l’ordre d’importance) de son conjoint, des grands-parents du bébé, de son médecin/professionnels de la santé consultés.
  • L’allaitement protège la santé mentale maternelle.  En même temps, l’allaitement problématique peut augmenter les risques de dépression chez maman.
  • Les chercheurs en psychoneuroimmunologie ont découvert que l’inflammation est impliquée dans la pathogenèse de la dépression.  Le corps humain, en réponse à un stress, augmente, entre autres, les cytokines pro inflammatoires.
    • Donc, tout ce qui découle de la maternité représente un stress et place maman à risque de souffrir de dépression: expériences de naissance négatives, bébé malade/prématuré, sommeil perturbé, fatigue, problèmes de santé (anémie, hypothyroïdie, infection, rhume, etc.)  plaie, douleur, trauma psychologique, etc.
    • Une naissance très stressante peut retarder le démarrage de l’allaitement (lactogenèse II).
    • Le niveau d’inflammation augmente de façon très significative dans le dernier trimestre de la grossesse.
    • L’allaitement (non problématique, évidemment) aide à régulariser les réponses du corps au stress, abaisse les hormones de stress et l’inflammation – c’est la raison pour laquelle on dit que l’allaitement qui va bien peut protéger maman de la dépression.
    • L’allaitement protège la santé mentale de maman en améliorant la quantité et la qualité de son sommeil.

Les traitements?

  • les Omega 3
  • la thérapie de la lumière
  • l’exercice modéré réduit l’inflammation
  • la psychothérapie
  • un antidépressant: présentement, une seule classe d’antidépressants est contre indiquée pendant l’allaitement.

Commentaire personnel: je propose à toute maman qui me consulte de répondre aux tests de symptômes d’état dépressif et d’anxiété.  Ça ouvre la porte à prendre du temps pour parler, avec maman et parfois avec papa, de leurs ressentis.

 

 

#11. Le temps de vidange de l’estomac est de 51 minutes chez le bébé recevant de la préparation commerciale pour nourrissons et de 25 minutes chez le bébé recevant du lait de sa maman. (Core curr., p. 531)

Nos enfants, les bateaux et le temps…

Ce matin, dans La Presse+,  un dossier de Silvia Galipeau, L’enfance en voie de disparition.  Madame Galipeau s’est entretenue avec l’auteure du livre The importance of Being Little, What Preschoolers Really Need from Grownups, Erika Christakis.  Madame Christakis, une américaine, est éducatrice de la petite enfance (« early childhood educator ») au Yale Child Study Center.  Elle a gradué en anthropologie au Harvard College avec une mention d’honneur.  Elle détient des maîtrises: une de l’Université John Hopkins, une autre de l’Université de Pennsylvanie (communication) et une troisième de l’Université Lesley (éducation).  Elle est professeure certifiée dans l’état du Massachusetts (pré-maternelle jusqu’à la 2e année).  Elle a aussi 3 enfants.  En octobre dernier, un courriel de madame Christakis avait fait des vagues au Yale Child Study Center où elle donnait des conférences.  En prévision de l’Halloween qui approchait, un comité de ce Centre avait envoyé un mémo aux élèves, leur demandant de choisir un costume d’Halloween qui ne ridiculiserait personne, surtout les personnes minoritaires soit par leur race, leur nationalité, leurs croyances religieuses ou leur orientation sexuelle.  Madame Christakis félicitait le Centre de se préoccuper des minorités en prônant la tolérance des élèves mais elle croyait que la responsabilité de décider ce qui est une offense ou non appartenait aux enfants et non pas aux administrateurs.  La réponse du Centre? Ils l’ont congédiée…

Madame Christakis, dans l’entrevue qu’elle a donnée à Silvia Galipeau, dit:

128-27 (2)

Les enfants ont besoin de temps. Or, trop souvent, les journées sont découpées en activités minutées, qui laissent trop peu de place à la créativité, au jeu, à la possibilité de creuser un sujet ici, une idée là. « Il faut des horaires centrés sur les besoins des enfants. »

« Il faut être en relation avec l’enfant », résume l’auteure. Et cela doit se traduire par un enseignement adapté, dit-elle. Un exemple ? À 3 ans, les enfants sont dans la pensée concrète. Oubliez l’enseignement des planètes, dit-elle. « Incroyablement abstrait. »

Madame Christakis ajoute:

« the distinction between early education and official school seems to be disappearing. » / « la distinction entre l’éducation en petite enfance et l’école semble disparaître »(traduction libre)

Évidemment, tout cela passe par les enseignants, et la valorisation d’un métier sous-payé, conclut-elle. « Il faut payer pour la qualité. »

Madame Christakis fait une analogie entre l’enfance et l’environnement:

J’aime beaucoup la métaphore de l’habitat naturel. On parle de questions d’environnement, de changements climatiques et de disparition de certaines espèces, et je trouve que l’analogie avec l’enfance est intéressante. Je dirais qu’on assiste à l’érosion de l’environnement naturel d’apprentissage de l’enfant. (…)

« Les enfants ne sont pas de petites îles », illustre l’auteure. Ils sont issus d’une communauté, une culture, une famille, qu’il faut connaître et comprendre dans le cadre d’une éducation à son échelle.

Ces jours-ci, je lis un livre de Heather Shumaker, américaine elle aussi, maman et journaliste,  It’s Ok not to share…  Madame Shumaker prône les jeux non structurés et libres durant la petite enfance.  Elle aussi parle de se mettre à la place de l’enfant.  Un exemple?  Un garçon joue avec des blocs, une fille de son groupe arrive et veut les blocs.  Très souvent, l’adulte responsable du groupe demandera au garçon de donner les blocs tout de suite, sous prétexte qu’il doit apprendre à partager.  Madame Shumaker se fait la défenderesse du garçon et dit que nous, les adultes, si on nous obligeait à faire une chose semblable, on dirait non…  L’auteure dit que l’adulte du groupe devrait encourager les enfants à se parler, à trouver leur solution:  ou bien la fille devrait apprendre à attendre que le garçon ait fini des blocs… ou bien, ils décideront de jouer ensemble.  Fille et garçon auront alors eu une expérience de vie intéressante.

Madame Shumaker a publié un deuxième livre, It’s OK to go UP the Slide (mars 2016). Silvia Galipeau nous avait parlé de cette auteure et de son nouveau livre le 16 mai dernier, dans La Presse+, Laisser les enfants être des enfants.  Dans son deuxième ouvrage, madame Shumaker parle, entre autres, de « notre obsession sécuritaire »

 La première règle proposée par l’auteure est la fin de l’obsession sécuritaire. Pourquoi ? Si les tout-petits doivent être constamment surveillés, les enfants plus vieux (le livre s’adresse aux parents d’enfants de 2 à 11 ans, environ) ont besoin d’air pour grandir socialement, émotivement, créativement et physiquement. « Les risques permettent d’acquérir des compétences », écrit-elle.

Non seulement c’est en courant trop vite ou en grimpant trop haut que les enfants découvrent leurs limites, mais c’est ainsi qu’ils les dépassent. Qu’ils expérimentent la résilience et la persévérance. Bref, qu’ils gagnent en confiance et en indépendance. (…)

L’idée : donner aux enfants des outils pour fonctionner en société, au lieu de les geler dans la peur de l’étranger, propose-t-elle.

Je trouve ces propos très intéressants… d’autant plus que cette philosophie de « ne pas tirer sur une fleur pour qu’elle grandisse plus vite » commence dès la conception.  Les neurosciences nous ont appris que bébé, dans le ventre de sa maman, entend ce qui se passe à l’extérieur.  Il n’en fallait pas plus pour que des adultes créent des cours pour les bébés dans le ventre de leur maman.  En tapant « classes for babies in the womb » dans un moteur de recherches, j’ai rapidement trouvé des leçons auditives pour le bébé pas encore né… Incroyable… J’essaie de me mettre à la place de ce fœtus… j’aurais envie d’hurler « Laissez moi tranquille! »… 🙂

Erika Christakis dit aussi:

Bien sûr, on peut enseigner à des enfants que deux et deux font quatre, mais pour vraiment saisir cette notion, cela prend des années d’exploration active, de jeux de lego, de construction de forts, de blocs, etc. Tout cela a l’air simpliste comme ça, et pourtant, c’est fondamental.

Moi, j’ajouterais que la vie, « tout simplement », apporte son lot d’apprentissages à un tout-petit:  un enfant peut développer des notions de mathématiques et de chimie en faisant un gâteau, il peut apprendre des notions de sécurité et de botanique en se promenant dans un parc, il peut élargir ses connaissances des fruits et des légumes en allant au marché.  Dans le même ordre d’idée, notre société offre une panoplie d’objets aux parents d’un bébé de moins d’un an:  une balançoire, des appareils qui jouent de la musique (même des battements de cœur humain), une « marchette-pas-de-roue », une chaise haute et j’en passe.  Maintenant, on préconise la prudence.  En effet, si bébé est placé trop tôt dans une position avant qu’il soit rendu à cette étape de son développement, il peut en résulter des stress physiques et psychologiques –  on pense, par exemple, à la position verticale dans une « marchette-pas-de-roue » ou à la position assise dans une chaise haute. Ainsi, la recommandation est de placer bébé dans la chaise haute quand il peut se tenir assis par lui-même…

Le développement d’un bébé durant sa première année de vie est incommensurable – il n’y aura pas d’autre moment dans sa vie où son cerveau se développera autant.  Pour traverser toutes ces étapes de développement, bébé a besoin d’être d’abord collé contre sa maman-son papa.  Porter son bébé, c’est lui offrir… la vie « tout simplement »:  placé à hauteur des adultes, à portée de bisous, bébé entend-sent-goûte-touche à son parent, bébé « bouge » comme son parent, bébé est aussi allaité plus souvent.  Au fil des jours, au fil du temps qui passe, l’enfant se développera dans chacune des sphères de sa personnalité en découvrant que maman-papa sont là pour lui.  L’exploration de son monde viendra tout naturellement, à son rythme à lui, quand il sera prêt.

Vous vous souvenez des bateaux de Brazelton?  Dr Brazelton, pédiatre américain, comparait les enfants à des bateaux…  Un bateau, avant de voguer sur les mers du monde, doit d’abord être assuré d’avoir SA place dans un port.  C’est la même chose pour le tout-petit:  riche de l’assurance d’avoir SA place à lui auprès de maman-papa, il peut, en toute quiétude, naviguer et découvrir son monde puis le monde car il sait qu’il peut toujours revenir vers sa maman-son papa et il aura toujours SA place à lui – c’est la construction du lien d’attachement,

 » … lien affectif durable d’un enfant envers un adulte qui en prend soin et qui se manifeste notamment par divers comportements permettant à l’enfant, dans les moments de détresse surtout, d’interagir avec cet adulte »

Chaque fois que l’adulte répond au tout-petit, un modèle interne se créé chez cet enfant.  Les modèles internes sont observables dès l’âge de douze mois et bien établis à trois ans.  On comprend alors mieux que l’enfant d’âge préscolaire a besoin d’être un enfant, « tout simplement »…  L’école, les pupitres, les « reste assis » « ne parle pas », le travail, les obligations, les horaires… tout ça viendra bien assez vite et ça durera le reste de sa vie… 75-80-85 ans…?

Références:

Christakis Erika, http://erikachristakis.com/author/, pages consultées 2016-06-13.

Desjardins Nicole et al.(2005) Guide pour soutenir le développement de l’attachement sécurisant de la grossesse à 1 an : L’attachement au cœur du développement du nourrisson. Les services intégrés en périnatalité et pour la petite enfance à l’intention des familles vivant en contexte de vulnérabilité.  Québec : Ministère de la santé et des services sociaux http://publications.msss.gouv.qc.ca/acrobat/f/documentation/2005/05-836-01.pdf, page consultée 2016-06-13.

Galipeau Silvia, La Presse+, 2016-06-13, L’enfance en voie de disparition, http://plus.lapresse.ca/screens/01c5c177-926d-4d96-91f5-3ed1f2e7bbaf%7CxufpeFV3QeW7.html, page consultée 2016-06-13 et http://plus.lapresse.ca/screens/01c5c177-926d-4d96-91f5-3ed1f2e7bbaf%7CxufpHW5ZQl2a.html, page consultée 2016-06-13.

Guedeney Nicole. (2011) L’attachement un lien vital.  http://www.yapaka.be/content/l%E2%80%99attachement-un-lien-vital, page consultée le 2016-06-13.

Shumaker Heather.  http://www.heathershumaker.com/index.html, pages consultées 2016-06-13.

Shumaker Heather (2012).  It’s ok not to share… New York: Penguin.

Shumaker Heather.  The Huffington Post, 2013-10-25, 10 Renegade Rules for Parents. http://www.huffingtonpost.com/heather-shumaker/renegade-rules-for-parents_b_1728234.html, page consultée 2016-06-13.

Turner Cory, nprEd, 2016-02-09, What Kids Need From Grown-Ups (But Aren’t Getting), http://www.npr.org/sections/ed/2016/02/09/465557430/what-kids-need-from-grown-ups-but-arent-getting, page consultée 2016-06-13.

 

Pour avoir un bébé, ça prend…

Ce matin, dans La Presse+, un dossier, « Prêts pour le grand jour? », s’adresse aux futurs parents.  Plusieurs informations intéressantes s’y retrouvent… Au fait, qu’est-ce qui est essentiel pour vivre avec son nouveau bébé au quotidien…?

À la naissance, bébé aura passé environ 40 semaines dans le ventre de sa maman et pourtant, son développement se poursuivra en dehors de l’utérus.  Les neurosciences nous permettent maintenant de mieux comprendre ce qui se passe dans la tête du bébé.  Contrairement à plusieurs autres petits mammifères, le cerveau du bébé humain est très immature à sa naissance.  Plusieurs mois, voire plusieurs années de toutes sortes d’expériences de la vie de tous les jours, seront nécessaires à l’atteinte de la maturation des nombreuses fonctions et structures de son cerveau.  Il devient logique de considérer le nouveau-né comme « prématuré » la première année de sa vie hors du ventre de sa maman, plus particulièrement les 3 premiers mois, ce qu’on nomme le « quatrième trimestre ».  En atterrissant dans notre monde, bébé découvre l’inconnu avec du connu, sa maman.  Tout en étant vulnérable, bébé est aussi très compétent pour alerter sa maman et son papa quand il est en détresse.  Les réponses à sa détresse contribuent à créer un lien d’attachement entre bébé et sa maman d’abord, puis avec son papa.  Bébé a donc besoin de la proximité de sa maman et de son papa – sa survie en dépend.  Le portage est souvent très apprécié: les mains de maman papa sont libres, bébé est collé, blotti contre sa maman ou son papa, à hauteur des adultes, il fait partie de la vie, il reçoit toutes sortes de stimuli permettant aux neurones de son cerveau de se connecter ensemble. Cette proximité le rassure, le sécurise et elle devient un tremplin pour l’exploration de son environnement – son développement global est favorisé. Les neurosciences nous permettent aussi de comprendre que faire ses nuits, endormir un bébé, prendre des habitudes, oui, c’est possible… plus tard dans la vie de l’enfant, quand son cerveau aura atteint la maturité nécessaire.

Mettre un enfant au monde, c’est incommensurable…  être parent d’un enfant, c’est tout aussi incommensurable, avec son lot d’incertitudes, de doutes, de questionnements… et c’est très bien ainsi car maman papa s’informent.  Dans notre monde branché, les parents se retrouvent parfois (souvent?) devant une surabondance d’informations qui très souvent brouille leur « p’tite voix  en dedans», leur « voix attachement ».  C’est alors la responsabilité des intervenants consultés de répondre aux questions des parents avec des résultats probants et de les aider, parfois, à faire du ménage dans ce qui est dit et publié. Riches de ces connaissances, avec leur « voix attachement », maman papa sont compétents pour répondre ensemble aux besoins de leur bébé.

Pour avoir un bébé, qu’est-ce que ça prend…? Ça prend un bébé (avec son tempérament, ses forces, ses défis, avec tout ce qui en fait qui il est), une maman qui nourrit bébé…  un papa qui « nourrit » maman, des grands-parents qui « nourrissent » papa et sa nouvelle famille.  La nourriture dont il est question ici, c’est une nourriture d’amour et de santé.  Cette nouvelle famille a aussi besoin du soutien de nous tous, les gens de leur village, un soutien basé sur la reconnaissance des compétences de chacun, bébé maman papa, un soutien qui valorise la « voix attachement » de maman papa.

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« La qualité de la relation, c’est la base de tout »

Adolescence – alcool et drogue… je sais… vous êtes probablement loin de cela. En même temps, force est de constater que le temps file… votre tout-petit d’aujourd’hui sera votre ado, demain.  Dans cet article de La Presse+ du 21 mars 2016 (Marie Allard), madame Lefebvre, directrice générale du Centre québécois de lutte aux dépendances, dit aux parents d’ado que la qualité de la relation, c’est la base de tout Et moi, je crois qu’une relation de qualité, ça se prépare petit à petit, au fil des jours, au fil de la vie.

« Si on ne garde pas une relation de qualité avec notre adolescent, c’est-à-dire une relation où il y a de l’amour, de l’affection et où on s’intéresse à lui, c’est très difficile d’établir les autres facteurs de protection familiale. Si on compare les facteurs de protection à des poupées russes, avoir une relation de qualité, c’est la plus grosse poupée, celle qui contient les autres. »

Bâtir une relation, ça fait partie du travail de parent… Bâtir une relation de qualité avec son enfant, ça fait partie des rêves de tout parent.  Maman, quand avez-vous commencé la construction du lien avec votre enfant?  Quand il était dans votre ventre? Quand il faisait partie de vos projets?  Quand il est né?  À quelle fréquence nourrissez-vous cette relation? Quels ingrédients mettez-vous dans cette relation? De la joie, de l’amour, de l’humour, de l’amour, de l’empathie, de la compassion, de la tendresse, de l’amour et encore de l’amour…?  Peut-être votre lait…?  D’autres ingrédients…?

Vous et votre enfant êtes sûrement en liens avec d’autres personnes.  L’autre parent de votre enfant… qu’en est-il de la construction de son lien avec cet enfant…?  Et vous avec votre partenaire… qu’en est-il de votre lien de conjoints…? de votre lien de parents…?  Et votre famille… quels liens unissent ses membres? Quels ingrédients nourrissent votre famille…?  Quelles personnes gravitent autour de votre famille…? Quels liens unissent votre famille avec ces personnes…?

L’article de Marie Allard cible la relation des ados avec ses parents… vous conviendrez avec moi que cet article peut s’appliquer à toute relation… Une relation de qualité avec ceux qui sont dans notre cœur, ça se bâtit peu à peu, au fil de la vie, ça prend du temps, un peu-beaucoup à différents moments, ça prend aussi des ingrédients spéciaux tout autant que cette relation est spéciale.  Une relation de qualité avec ceux qui sont dans notre cœur, c’est comme une plante… il faut en prendre soin…  Une relation de qualité avec ceux qui sont dans notre cœur, autant ça peut parfois être difficile à vivre, autant ça peut aussi être un des beaux cadeaux de la vie…

COMMENT PRÉVENIR LA CONSOMMATION D’ALCOOL ET DE DROGUE ?

À l’invitation du comité de parents de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), Geneviève Lefebvre, directrice générale du Centre québécois de lutte aux dépendances, donnera une conférence gratuite mercredi à l’école Marguerite-De Lajemmerais au sujet des problèmes de consommation « en émergence ou réels » chez les adolescents. Mais avant, elle a fait part à La Presse de quatre facteurs de protection que les parents peuvent mettre en place pour prévenir la toxicomanie.

RELATION DE QUALITÉ

« C’est la base de tout, dit Mme Lefebvre. Si on ne garde pas une relation de qualité avec notre adolescent, c’est-à-dire une relation où il y a de l’amour, de l’affection et où on s’intéresse à lui, c’est très difficile d’établir les autres facteurs de protection familiale. Si on compare les facteurs de protection à des poupées russes, avoir une relation de qualité, c’est la plus grosse poupée, celle qui contient les autres. »

Évidemment, ça peut être un défi quand l’enfant grandit. « L’adolescence se veut un moment où le jeune va être en quête d’identité, où il va essayer de challenger certaines valeurs familiales, reconnaît l’experte, qui compte 23 ans d’expérience dans la lutte contre les dépendances. Mais il faut garder une proximité émotionnelle. »

COMMUNICATION EFFICACE

« Les parents doivent avoir un rôle proactif et nommer ce qui est clairement acceptable ou pas dans leur famille, indique Mme Lefebvre. Est-ce que c’est permis, pour leur adolescent, de boire de l’alcool ? Fumer un joint à 17 ans, c’est adéquat ? Il faut qu’ils se posent ces questions. »

Pour être efficace, la communication doit fonctionner dans les deux sens. « Le parent doit être ouvert à entendre ce que le jeune a à dire, même si ça ne fait pas toujours son affaire, conseille la criminologue de formation. Il faut être ouvert à davantage de négociation, tout en disant quelles sont nos valeurs. »

DISCIPLINE GAGNANT-GAGNANT

Le parent d’un jeune enfant est souvent directif. « À l’adolescence, il faut qu’il y ait un transfert dans le style disciplinaire, qui doit devenir gagnant-gagnant, estime Mme Lefebvre. Le parent garde son rôle de parent, en disant ce qui est acceptable ou pas. Il y a des choses qui sont non négociables. Mais il faut que le parent soit prêt à négocier d’autres choses, qui ne mettent pas le jeune à risque. Autant le parent que le jeune doivent sentir qu’il y a des raisons derrière les règles, qu’on les comprend et qu’ensemble, on en arrive à un certain compromis. »

BONNES STRATÉGIES DE RÉSOLUTION DE CONFLITS

« Le conflit, dans une famille, c’est inévitable, tranche Mme Lefebvre. On a à se positionner, à protéger notre enfant en disant : « Tu ne peux pas faire ça. » »

Est-ce inquiétant ? « Ce qu’on voit en recherche, c’est que ce n’est pas le nombre de petits conflits qui est grave, indique l’experte. C’est davantage l’empreinte émotionnelle que peut causer un conflit. Si on commence à traiter le jeune de tous les noms, si on le rabaisse, si ça cause un impact émotionnel négatif chez lui, on le met à risque de développer un problème de consommation. »

Il y a de bonnes façons de gérer les conflits. « À un moment donné, il faut lâcher prise sur certaines choses, recommande Mme Lefebvre. Il faut regarder ce qui est le plus important, et gérer les conflits de manière à ne jamais blesser l’enfant. Ça, c’est une règle non négociable. »

PEUT-ON LAISSER LES ADOS BOIRE DE L’ALCOOL ?

« Considérant que l’alcool peut nuire au développement du cerveau et du corps, les jeunes devraient retarder l’âge de leur première consommation d’alcool, idéalement après l’âge adulte, répond Geneviève Lefebvre. S’ils décident de boire de l’alcool, ils devraient le faire en suivant les directives de consommation à faible risque : une à deux consommations, une à deux fois par semaine, sous supervision parentale. »

Plus d’information sur la conférence :

http://csdm.ca/calendrier/?id=i0p4vhn10l6uh21c3okg9l44s4@google.com

Référence:  La Presse+, 21 mars 2016, Marie Allard, « Comment prévenir la consommation d’alcool et de drogue? »

« Mon bébé a des coliques… »

Hier, j’ai reçu une maman en consultation.  Son bébé âgé de 3 1/2 semaines l’accompagnait.  Bébé est allaité exclusivement.  Maman est inquiète.  Chaque jour, bébé a des périodes où il pleure, se tortille, passe des gaz, son ventre se durcit.  Maman essaie de lui offrir le sein – bébé en veut, il n’en veut pas… « C’est simple, il a des coliques. J’ai commencé à couper les produits laitiers dans mon alimentation. » Maman se demandait si elle pouvait lui donner des probiotiques.

Le 19 janvier 2016, Catherine Handfield, La Presse+, a posé la question à Dre Valérie Marchand, gastroentérologue pédiatre à l’hôpital Sainte-Justine et ancienne présidente du comité de nutrition de la Société canadienne de pédiatrie.  Dre Marchand disait, entre autres:

  • Les probiotiques peuvent avoir des bénéfices dans certaines situations cliniques, mais de là à en donner d’emblée à un enfant pour améliorer sa santé intestinale… Je pense qu’il y a bien d’autres choses qu’on peut faire avant ça.
  • Les probiotiques qui sont dans l’intestin vont effectivement renforcer la fonction de barrière entre l’intérieur de l’intestin et le sang en augmentant la production du mucus et en augmentant le lien entre les cellules. Ça diminue la perméabilité intestinale. Maintenant, est-ce que ça va diminuer la pénétration de microbes dans la muqueuse intestinale ? Peut-être. L’autre chose qu’on veut, c’est que les protéines alimentaires ne pénètrent pas intactes dans le sang pour éviter de créer des allergies alimentaires. Des études ont montré que certains probiotiques peuvent réduire le risque, chez les bébés, de devenir allergiques, mais les études ne sont pas toutes significatives à cet égard.
  • Il y a d’autres façons de moduler la flore intestinale. Notre flore intestinale est établie très tôt dans la vie, vers 6, 12 mois. On prend des probiotiques, on modifie notre flore intestinale. On arrête d’en prendre, et quelques jours après, la flore intestinale revient à ce qu’elle était.  Comment peut-on moduler la flore intestinale de son enfant?  Par l’allaitement maternel, qui est la manière la plus intéressante, la plus durable et la plus efficace, ainsi que par l’alimentation, en diminuant l’exposition à des antibiotiques…

Ceux qui sont intéressés par ce sujet peuvent consulter le document de principes de la Société canadienne de pédiatrie, « L’utilisation des probiotiques au sein de la population pédiatrique« .

Maintenant, les coliques, les pleurs… Voici ce que certaines sources en disent…

Naître et grandir, les coliques

Les pleurs sont une chose parfaitement normale : ils sont souvent la seule façon qu’a un bébé de s’exprimer. Un bébé pleure s’il a faim, s’il a froid, si sa couche est mouillée… et c’est aussi parfois une façon pour lui de s’apaiser par lui-même. Cependant, certains nourrissons pleurent plus que d’autres, sans raison apparente. On a beau les nourrir adéquatement, les tenir au chaud, les cajoler, rien n’y fait. On dit d’eux qu’ils ont des coliques, bien que ce ne soit pas nécessairement le cas. En fait, on ne sait pas ce qui cause leur comportement. Le terme colique désigne une douleur au côlon. Selon les données connues, 10 % à 15 % des nourrissons souffriraient de coliques.

Un bébé qui a des coliques est, par ailleurs, un enfant en bonne santé. Il a un réflexe de succion normal. Il mange bien. Il ne vomit pas (mais c’est normal qu’il régurgite de temps à autre). Il ne fait pas de fièvre. Il n’est pas léthargique . Ses selles sont normales. De plus, il a toujours un gain de poids satisfaisant.

 

Société canadienne de pédiatrie, les coliques et les pleurs

Les bébés en santé pleurent. C’est leur manière d’exprimer leurs besoins et de communiquer avec les personnes qui les entourent. La plupart du temps, vous réagissez en donnant à votre bébé ce dont il a besoin : vous le nourrissez, l’aidez à s’endormir, changez sa couche ou lui faites des câlins. Les pleurs sont très utiles pour les bébés, parce qu’ils dépendent des autres pour répondre à tous leurs besoins.

Il arrive toutefois que même les parents les plus affectueux ne réussissent pas à calmer les pleurs de leur bébé. Ce n’est pas leur faute.

Lorsqu’un bébé pleure beaucoup et longtemps (sans interruption), même s’il a été nourri, changé et câliné, on dit souvent que c’est un bébé à coliques. On a longtemps pensé que les coliques étaient un « état ». Certains bébés en ont, d’autres non.

Toutefois, d’après de nouvelles données, ce qu’on appelle les coliques ferait partie du développement normal du bébé. Au début de leur vie, tous les bébés vivent une période au cours de laquelle ils pleurent plus qu’en toute autre période.

Chaque bébé est différent. Pendant cette période « de pointe », qui dure généralement de 3 à 8 semaines, certains bébés pleurent beaucoup plus que d’autres. Leurs pleurs peuvent sembler plus énergiques et peuvent être plus difficiles (parfois impossibles) à consoler.

La bonne nouvelle? D’abord, ces pleurs sont normaux. Ils n’ont aucun effet à long terme sur votre bébé. Ensuite, ils ne se prolongeront pas indéfiniment. Cette période de pleurs vigoureux et intenses (et inexpliqués) peut s’arrêter tout aussi rapidement qu’elle a commencé ou diminuer graduellement au fil du temps. En général, ils sont chose du passé lorsque votre enfant atteint 3 ou 4 mois.

 

Hôpital de Montréal pour enfants, Coliques

Un bébé qui souffre de coliques pleure beaucoup, en général plus de 3 heures par jour; mais chez certains enfants, la crise peut durer encore plus longtemps. En général, les pleurs débutent vers la même heure, souvent en début en soirée.
Les coliques sont fréquentes. On estime qu’au moins 1 ou 2 bébés sur 10 ont des coliques pendant leur petite enfance. Mais il est important de se rappeler que même s’il est difficile de prendre soin d’un bébé qui souffre de coliques, celles-ci ne sont pas dangereuses.

On a souvent l’impression que les bébés qui ont des coliques souffrent de douleurs abdominales, mais la véritable cause demeure inconnue.

Je termine avec Dr Brazelton, pédiatre américain, « Les pleurs en fin de journée » dans Votre enfant et son sommeil, pages 39 et 40

Vers trois semaines, une période de pleurs en fin de journée a de fortes chances de s’instaurer.  Des mères m’ont dit qu’elles peuvent prévoir cette phase d’énervement ou d’irritation car leur bébé commence à s’agiter, à être trop facilement hyperstimulé et à se montrer souvent inconsolable.  Elles me disent aussi qu’après ces pleurs leur bébé dort mieux.  Une fois que le parent a vérifié qu’il ne s’agit pas de faim, d’inconfort ou de douleur, le bébé peut avoir besoin de pleurer pour libérer la surcharge de son système nerveux immature.  Après ce laps de temps, suivi de nombreux apaisements et renvois, en général le bébé se calme et s’endort.  Un peu comme s’il avait fini par s’épuiser et avait évacué son trop-plein d’énergie nerveuse.  Cette capacité à s’endormir par la suite fait mieux accepter la période de pleurs.

« Bébé a des coliques – c’est la faute de ce que maman mange! »

Des fois, j’ai l’impression que tout est de la faute des mères 🙂  J’exagère, je sais… Il faut quand même se dire que bébé allaité est habitué à l’alimentation de sa maman: quand il était dans le ventre de sa maman, il buvait du liquide amniotique, liquide qui goûtait l’alimentation de sa maman.  Si maman n’a pas d’allergie diagnostiquée, si elle n’a pas eu à suivre une diète particulière pendant sa grossesse, son alimentation était probablement variée et son bébé a été « exposé » au brocoli, au chou, au beurre d’arachides, aux oignons, etc.  À moins d’une indication médicale particulière, en période d’allaitement, maman peut donc continuer à manger ce qu’elle mangeait pendant sa grossesse… Oui, chez certains bébés, quand maman coupe certains aliments, il va mieux. En même temps, il faut reconnaître que maman a été en gestation, a accouché et maintenant allaite; son corps a besoin d’énergie, de calories, de vitamines et de minéraux.  Maman a aussi besoin d’énergie et de nutriments pour une tâche incommensurable, s’occuper de son bébé, 24 heures par jour, 7 jours par semaine. Je rencontre des mamans qui en sont à boire et à manger… pas grand chose tellement elles ont tout coupé dans leur alimentation.  Je ne sais pas pour vous, mais moi, quand j’ai faim, je me sens moins patiente…  Donc, d’un côté, on aurait un bébé qui pleure peut-être un peu moins et de l’autre, une maman sûrement affamée, épuisée qui pleure parce qu’elle manque d’énergie et de patience pour s’occuper de son bébé – pas génial.

Les articles précités démontrent qu’il y a une part de « normalité » aux pleurs du bébé. « Normalité »… un bien grand mot… Si les pleurs, les tétées groupées, les coliques font partie de la vie normale d’un bébé normal, je reconnais aussi qu’il y a des bébés qui peuvent avoir du reflux, qui peuvent avoir mal au ventre – ce sont les parents de ce bébé qui connaissent le mieux ce bébé.  Quand des parents croient qu’il y a un problème, je crois que maman et les siens ont besoin d’être accompagnés par une équipe – médecin, diététiste, infirmière, consultante en lactation, afin de d’avoir un plan qui tienne bien compte de chaque membre de la famille, un plan qui s’assure que maman reçoit tous les nutriments dont elle a besoin.  Est-il nécessaire de tout couper et de tout couper d’un coup? Peut-on y aller par étapes? Peut-on faire des essais de réintroduction de certains aliments tenant compte que le système digestif de bébé, très immature, change beaucoup durant la première année?  Le plan envisagé doit être souple et revu souvent car bébé est en croissance constante.

J’ai trouvé cet article de la Leche League France, « Les coliques et le bébé allaité » .  Il est question, entre autres, du lait de maman contenant du lactose en début de tétée et plus de gras vers la fin de la tétée.  Si ça aide, tant mieux…

Il y a des papas (ou toute autre personne du « village ») qui sont devenus experts en bébé qui pleure… Quand la période des « pleurs-coliques » commence, maman va prendre un bain (ou une marche ou un café avec une amie) et papa s’occupe de bébé, l’emmène faire un tour d’auto.  Le jour, pendant que maman travaille à l’intérieur 🙂 papa travaille à l’extérieur, il côtoie d’autres adultes. Les pleurs de son bébé le touchent sauf qu’il en a, parfois, une autre perspective…  Une maman demandait à une voisine adolescente de venir, en fin de journée, bercer bébé pendant que maman préparait le souper.  Si on sait que bébé est en bonne santé, toutes les solutions sont bonnes…

Comme dit la La Leche League France: « Il faut être patient : le temps arrangera les choses, quoi qu’on fasse. Les laits artificiels ne sont pas la solution. »

Je reprends ce que je disais à propos des pleurs... Votre bébé est en bonne santé et il pleure… D’après vous, quel devrait être votre but…? Arrêter ses pleurs à tout prix ou plutôt reconnaître ses pleurs et lui « prêter » une épaule compatissante pour pleurer ce qu’il a à pleurer…?  Demain, votre bébé sera un homme de 17 ans et sa première blonde le quittera et il aura beaucoup de peine.  Ce qui effacerait son chagrin, c’est de ravoir sa belle… mais ce sera impossible.  À ce moment-là, les mots seront superflus, comme aujourd’hui, il aura besoin de savoir qu’il n’est pas tout seul dans sa peine, il aura besoin de votre épaule compatissante…

En terminant

Ceci étant dit, maman-papa, vous devez bien prendre soin de vous… Un bébé, c’est exigeant et encore plus quand il pleure: vous avez beau vous raisonner qu’il est en bonne santé, c’est tout un stress, pour un parent, de prêter une épaule compatissante à son bébé qui pleure.  Vous pouvez vous sentir dépassé(e), exaspéré(e), excédé(e) – vous vivez des émotions normales.   Quand vous vivez ces émotions, alors, STOP.

  • Déposez bébé sur le dos, dans son lit, les côtés remontés.  Il continuera de pleurer et il sera en sécurité.
  • Vous, allez prendre une douche, prendre l’air sur le balcon, appeler quelqu’un qui peut vous écouter ventiler et/ou venir vous relayer auprès de bébé.
  • Retournez voir votre bébé quand vous aurez repris pied ou quand la personne que vous avez appelée est arrivée.

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