Le sommeil du petit enfant et de l’adulte : même besoin, pas le même rythme

 

J’ai écrit ce texte avec mes collègues, Marie-Hélène Chalifour, psychoéducatrice et Jeanne Roy, travailleuse sociale spécialisée en petite enfance et parentalités.

 

En tant qu’adultes, nous avons besoin de dormir une grande période.

Le bébé, lui, a besoin de dormir des petites périodes.

C’est vraiment dur, être fatigué, avoir besoin de sommeil et s’occuper de notre enfant…  on aimerait bien qu’il dorme comme nous, les adultes…

 

Pourquoi c’est ainsi ?

  • Le bébé humain vient au monde dépendant et fragile.
  • Le sommeil se colle sur les besoins du bébé, de l’enfant, de l’adolescent, de l’adulte, de la personne âgée. À chacun ses besoins, à chacun son sommeil.
  • L’enfant a besoin de sa maman et de son papa, proches de lui, pour avoir un sommeil paisible et pour allonger progressivement ses p’tits bouts de sommeil.
  • « Aucun enfant ne se réveille pour le plaisir de se réveiller, ni pour nous embêter. Nous sommes tous programmés pour nous réveiller quelque neuf fois par nuit – la seule différence entre les enfants et nous, c’est que nous, nous maîtrisons d’ores et déjà la technique pour nous rendormir.  Et eux, non. »[1]
  • C’est vers l’âge de 3 ans que les réveils nocturnes sont moins fréquents: nos bébés et nos enfants ont besoin de temps.

  

Comment nous donner la force de suivre le rythme de notre enfant?

  • Je prends le temps de regarder mon enfant et d’écouter les signes qu’il me donne.
  • Je prends le temps d’écouter ma « p’tite voix », j’y fais confiance et je fais confiance à mon enfant.
  • Je prends le temps de le bercer, de le câliner, de le coller sur mon cœur, de lui sourire, de lui parler, de le rassurer. Je sens que cela lui fait du bien et que ça me fait du bien à moi aussi.
  • Pourtant, il m’arrive d’avoir des doutes, même des peurs : peur qu’il reste dépendant, peur de le gâter, peur qu’il nous manipule, peur de ce que les autres vont dire…
  • Je reconnais ces peurs, j’en parle avec l’autre parent et nous nous rassurons ensemble.

 

Nous décidons que ce que nous sommes en train de faire,

c’est bâtir sa confiance en lui et en nous, ses parents.

Et que ça, ça vaut la peine de prendre le temps…

[1] Jové, Rosa. (2016). Dormir sans larmes, p.64.

 

« Mères pas parfaites »…

Samedi 25 juin, La Presse+, le dossier de Suzanne Colpron, « Mères pas parfaites« : tout un sujet… Jeudi dernier, j’étais chez MAM à Saint-Hubert.  On m’avait demandé de parler du sommeil à la « Pause MAM »… pour moi, ça a été un moment de pur bonheur de côtoyer ces mamans et leurs petits.

Parler du sommeil des tout-petits, c’est « simple »… leurs cycles d’éveil et de sommeil s’organisent à mesure que leur cerveau se développe; selon Dr Brazelton, pédiatre américain, un tout-petit dormirait une nuit vers l’âge de… 3 ans.  Ça se comprend:  à la naissance, le cerveau de nos petits a environ 25% de la taille du cerveau de l’adulte et à 1 an, leur cerveau a environ 75% de la taille du cerveau de l’adulte.  Au cours des premières semaines de vie, une « belle nuit » du bébé, c’est 3-4 heures de sommeil… en autant que durant les 20-21 heures qui restent, il prend 10-12  tétées, il mouille plus de 6 couches et il fait des selles.  À ce stade, une tétée peut facilement durer 45 minutes…  C’est sans compter les tétées groupées de fin de journée et aussi, les périodes d’orages… Sortez vos calculatrices… Je vous entends dire: « Une maman qui allaite, surtout durant les premières semaines, … »  Voilà, vous l’avez dit, j’en suis pas mal certaine… « …une maman qui allaite ne fait pas grand chose à part allaiter » même les mamans le disent.  Sincèrement, combien de fois l’avez vous entendue, cette phrase-là…? Moi, je peux vous dire que je l’ai entendue souvent.  Avoir un nouveau bébé, être la maman de ce nouveau bébé, c’est un « travail » en soi, non…?

Nous visons tous et toutes ce qu’il y a de mieux… et c’est peut-être encore plus vrai quand nos enfants sont au cœur de notre vie.  Jeudi, à la « Pause MAM », les mamans disaient  « Oui, mais à travers ma fatigue, à travers les tétées et les soins du bébé, il faut que je prépare le souper, que je fasse le lavage, que je… »  et aussi « Oui, mais mon bébé, si je ne reste pas à côté, il ne fera pas de sieste »…   Une maman avait un peu plus de vécu: elle en était à son 2e bébé.  À quelques reprises, elle a exprimé qu’à un moment donné, n’en pouvant plus, elle acceptait des comportements de son ainé qu’initialement elle refusait.  C’est comme si ces nouvelles mamans ne s’autorisaient pas à se reposer, à prendre soin d’elles et elles le font quand elles sont poussées au pied du mur…  Avec le recul du temps et la sagesse qu’apportent les années ( 🙂 ), je crois que, dans le fond, la vie est très bien faite…  Une maman vit une grossesse, un accouchement « une expérience extrême* » (parfois doublé d’une césarienne, soit une chirurgie abdominale) et ensuite, 24 heures par jour et 7 jours par semaine, elle vit avec son bébé qui arrive d’une autre planète, un « Voie-lactien« … Comment peut-elle, logiquement, humainement, faire la vie d’avant bébé avec ce bébé qui impose ce rythme incroyable les premières semaines?  Comment peut-elle donner à son bébé de l’attention, de l’amour, des soins si elle est fatiguée, si elle a faim, si elle ne prend pas soin d’elle…?  Oui, je crois que la vie est vraiment bien faite dans la mesure où la vie pousse maman à mettre ses besoins humains de repos et d’alimentation appropriée au premier plan…

Dans le cadre de ma pratique, j’invite chaque nouvelle maman à suivre l’horaire de son bébé, « tout simplement »: « Si bébé dort, reposez-vous et s’il tète, prenez une collation avec des protéines, et ce, jour et nuit ».  Je leur suggère « tout simplement » de s’alimenter, de se reposer et les mamans qui le font se sentent mieux et profitent mieux de la vie et de leur « voie-lactien », elles se sentent plus solides pour les moments de tempête.  C’est vrai…, il y a le souper à préparer, le lavage (et tous les autres « …age », ménage, repassage, époussetage…), les fleurs à planter, les photos à classer et les nombreux items sur les multiples listes que la plupart des femmes font quand elles arrêtent de travailler… « à l’extérieur », listes que bien souvent elles n’ouvrent même pas… et dont elles parlent avec un peu-beaucoup de culpabilité pendant leur « congé de maternité » (toute une expression, celle-là)… Oui,  et ce tout-petit que maman a « tricoté », qu’elle a mis au monde, qu’elle allaite… ne pourrait-il pas être la « bonne excuse » de maman pour vivre au rythme de ce petit les premières semaines?  Est-ce que maman-papa, en démarrage de famille, ne pourraient pas confier les « …ages » à l’entourage, à leur village…?

Isabelle Filliozat dans « Il n’y a pas de parent parfait – L’histoire de nos enfants commence par la nôtre », dit entre autres, p. 45:

Un enfant n’a pas besoin de parents parfaits, il a besoin de parents suffisamment bons, c’est-à-dire de parents qui, bien entendu, tentent de faire pour le mieux pour s’occuper de lui, qui le protègent et le nourrissent, qui évitent de le blesser, de le frustrer excessivement, mais qui se savent capables d’erreurs et se montrent aptes à les reconnaître.  Un enfant veut rencontrer non un rôle en face de lui, mais une personne, une vraie personne,  avec ses émotions et ses propres besoins, ses pensées et ses valeurs, ses compétences et ses limites.

Tellement vrai… Nous sommes des êtres humains.  La femme qui porte un enfant, le met au monde, l’allaite, fait un don de soi incommensurable…  Ce n’est pas tout:  bébé, en sortant du ventre de sa maman, a besoin d’elle comme point d’ancrage, de sécurité, dans ce monde si nouveau pour lui et il en a besoin, de sa maman à lui, 24 heures par jour, 7 jours par semaine.  Bébé s’attache d’abord à sa maman à lui puis, au fil des jours, il s’attache à son papa à lui et bébé étire ses liens d’attachement aux autres personnes qui le côtoient.  Au début de sa vie, bébé a besoin de sa maman à lui… dans un monde idéal, ce n’est pas interchangeable.  Oui, papa est là – durant les premières semaines, son rôle est davantage de nourrir maman (d’amour et d’aliments santé) afin qu’elle puisse « nourrir » bébé (le lait maternel est un aliment d’amour et de santé 🙂 ).  L’idéal pour ce petit « voie-lactien », c’est re-trouver sa maman à lui, retrouver en dehors de son ventre celle qui a accepté de le loger en elle et qui lui a fourni les matériaux nécessaires à une première partie de sa construction. Cette maman a fait tout un travail depuis la conception de son tout-petit et maintenant, en l’allaitant, en restant avec lui, en vivant les hauts et les bas de sa courte vie,  elle poursuit la construction d’un être humain, d’un homme d’une femme de demain, rien de moins…  Autant c’est grand, autant c’est exigeant pour sa maman, son papa.

La vie, c’est un grand cercle.  Maman donne beaucoup d’elle-même en mettant au monde un enfant.  C’est dans l’ordre naturel des choses que maman reçoive, ensuite…Chaque maman mérite que nous lui rendions hommage… Et selon moi, rendre hommage à une maman, c’est, entre autres, faire tout ce qu’on peut pour qu’elle puisse suivre l’horaire de son tout-petit les premières semaines, pour que « son corps sa tête son cœur »puissent reprendre leur souffle.  Rendre hommage à une maman, c’est aussi s’asseoir près d’elle et être à son écoute, se préoccuper vraiment et sincèrement du « comment elle se sent en dedans ».   Rendre hommage à une maman, c’est aussi changer notre vocabulaire. Mon conjoint l’avait compris d’instinct:  nous faisions des rénovations à la maison et j’étais enceinte de notre 3e bébé.  Mon ventre plein de vie limitait mes mouvements.  J’ai alors dit à Luc que ça m’enrageait de ne rien faire… ce à quoi il a répondu que j’étais occupée à faire un bébé 🙂 .  Lui, il avait compris…

Finalement, maman doit apprendre à demander et aussi, accepter de recevoir: quand son village lui rend hommage, elle devrait accepter ces hommages, elle devrait accepter d’être entourée,  elle devrait accepter de ralentir son pas pour suivre le rythme de son tout-petit les premières semaines.  Saviez-vous qu’il existe des sociétés où les femmes acceptent d’être dans un cocon avec leur bébé les premières semaines et d’être prises en charge par les femmes de leur clan?  Ces nouvelles mamans vivent très peu de symptômes d’état dépressif.  Intéressant…  À bien y penser, tous les « …age » qui doivent être faits aujourd’hui, devront être re-faits demain et après demain.  Et je suis à peu près certaine qu’il est toujours possible de trouver quelqu’un pour s’en occuper – bien sûr, ce ne sera jamais fait comme si c’était maman qui le faisait… et puis…?  Est-ce si grave que ça que les serviettes lavées soient pliées autrement, que les assiettes propres soient à gauche, que  le yogourt acheté soit un peu plus riche en matières grasses?  Papa a aidé l’aîné de 3 ans à s’habiller… sauf que le choix des couleurs laisse à désirer, selon maman… Ce n’est pas parfait… par contre, l’aîné est habillé et il a l’air tellement heureux avec son papa à lui…  Est-ce si grave que ça que ça ne soit pas parfait…?   Peut-être pas tant que ça…si ça permet à maman de prendre le temps de vivre, de sentir son tout-petit s’endormir, blotti contre elle, de capter son premier sourire, de plonger ses yeux dans les yeux de son tout-petit quelques secondes d’éternité… de goûter « parfaitement » et « tout simplement » à ces moments magiques qui eux, ne passent qu’une fois dans la vie…

Suzanne Colpron termine son article en disant « On t’adore, maman, mais tu ne peux pas être parfaite, m’ont dit mes enfants. La perfection, ça n’existe pas. Être une mère, c’est compliqué. »  Oui, c’est vrai… et je souhaite, à toutes les mamans, une vie…parfaite de moments magiques et imparfaite de tous les « …age » 🙂

* Isabelle Filliozat, « Il n’y a pas de parent parfait », p. 184

1990-07-15 Louise, CA, JF

Allergies, version 2015

Ce matin, je prends mon café avec la revue L’Actualité, février 2016.  Un titre attire mon attention: « Les allergies, ça se prévient » par Dominique Forget.

Pour prévenir les allergies alimentaires, la meilleure stratégie consiste à exposer les poupons aux aliments allergènes – comme les arachides, les oeufs ou le soya – dès l’âge de quatre à six mois, conseillent les pédiatres Elissa Abrams et Allan Backer, de l’Université du Manitoba.  Une fois les nouveaux aliments introduits, les enfants doivent continuer à y être exposés régulièrement pour bâtir leur tolérance.

L’article dont il est question, « Food introduction and allergy prevention in infants » a été écrit par deux médecins du Manitoba, Elissa M. Abrams MD et Allan B. Becker MD et publié dans la revue Canadian Medical Journal Association, 17 novembre 2015.

Key Points

  • Recent evidence has shown that delayed introduction of allergenic foods does not prevent allergic disease.
  • Emerging evidence from randomized controlled trials suggests that early introdution of allergenic foods, specifically peanut, is protective against the development of food allergy.
  • Although exclusive breastfeeding for six months remains recommended for its many health benefits to both infant and mother, there is no evidence that exclusive breastfeeding or maternal dietary elimination helps prevent food allergy in infants.
  • With few exceptions, allergenic foods may be intoduced into children’s diets between the ages of four and six months; one introduced, regular exposure to the food is important for maintaining tolerance.

 

J’ai choisi de mettre le 3e paragraphe en caractères gras et je vous offre ma traduction de ce 3e paragraphe: L’allaitement maternel exclusif pour six mois est recommandé pour les nombreux effets positifs sur la santé de la la mère et de l’enfant.  Il n’y a pas d’évidence que l’allaitement exclusif ou l’élimination de certains aliments dans l’alimentation de la mère aideraient à prévenir les allergies alimentaires chez l’enfant.  J’ouvre une parenthèse: une recommandation similaire était donnée dans l’article « Prévention des allergies chez l’enfant – que faire quand la famille est atopique » dans la revue Le médecin du Québec, 29 janvier 2015, par Chantal Lemire.

Revenons à l’article paru dans le CMAJ.  Les auteurs mentionnent aussi:

Box 1: Evidence used in this review

We used Canadian and American national guidelines to inform this review, in addition to published systematic reviews that were know to us.  We identified additional articles through MEDLINE literature searches using the search terms « food allergy » and « allergy prevention » from 1990 to present. In addition, we reviewed conference abstracts and reference lists from seminal articles. We restricted our results to English-language articles.  Where possible, we selected the most recent articles and the articles with the most robust level of evidence (such as randomized controlled trials and meta-analyses).  We reviewed more than 100 citations, of whiche 38 are included in this review.

Box 2: Unanswered questions

  • Is early introduction of foods other than peanut also protective against food allergy?
  • Once introduced, what is the frequency and amount of food that needs to be eaten to ensure maintenance of tolerance?
  • Does early introduction provide only short-term protection against food allergy, or is the protection long-lasting?

 

Dans l’article « Early introduction of food to prevent food allergy.  The LEAP Study (Learning Early About Peanut) » la conclusion dit:

There have been no studies with this level of accuracy in low-risk populations investigating the benefit of early populations in which other foods are often allergy-causing, for instance, cow’s milk, whether early intervention may reduce the prevalence of allergy to milk proteins or even other foods.  The guidelines that deal with the time of introduction of foods into the infant’s diet will be reviewed based on this new evidence.

Maintenant…?  Attendez encore un peu pour donner des aliments pouvant causer des allergies à votre bébé et maman, ne réintroduisez pas d’un coup tout ce que vous avez coupé dans votre alimentation…! En même temps, cet article me laisse songeuse…

Tout d’abord, je rencontre très souvent des mamans désespérées des pleurs intenses de leur bébé.  Ces mamans n’ont aucune allergie connue – pas plus que papa, d’ailleurs.  Ces mamans allaitent leur bébé et leur alimentation est la même que durant la période de la grossesse.  Ces mamans coupent plusieurs aliments de leur alimentation car les pleurs intenses de leur bébé les amènent à croire qu’il est allergique à ce qu’elle, maman, peut manger.  C’est possible – tout est possible, je ne m’oppose pas à cela et oui, un bébé qui pleure, ça peut être désespérant et on peut être prête, comme maman, à boire de l’eau et manger… à peu près rien 🙂 pour que bébé pleure moins.  Tout en respectant les familles, leurs choix et leurs décisions, je vous invite à réfléchir avec moi…

  • Bébé est un « voie-lactien » à sa naissance.
  • Le voie-lactien naît avec des compétences, entre autres la compétence de s’attacher à du connu, sa maman.  En même temps, le petit voie-lactien est « inachevé » à la naissance et son système digestif, comme bien d’autres parties de son corps, est immature.
  • Dans la première année de vie, il y a tellement de changements à tous les niveaux dans le corps et dans la tête du voie-lactien que ce qui est vrai aujourd’hui ne le sera peut-être plus demain…  Hier, vous l’allaitiez, dans le salon, avec les bruits de la famille et ça allait.  Aujourd’hui, rien à faire, il veut tout voir, tout entendre et prendre le sein, ça semble sa dernière préoccupation.
  • Je reviens au livre « The Wonder WeeksLes semaines miracle » et à l’article qui en parlait: est-ce que le comportement du voie-lactien aujourd’hui ne serait pas « normal » à ce moment précis de sa vie actuelle…?
  • Et maman… elle a traversé la grossesse, l’accouchement. Elle a peut-être, malheureusement, des plaies à guérir. Elle démarre l’allaitement.  Son voie-lactien la réclame 24 heures par jour, 7 jours par semaine.  C’est très exigeant et en plus, elle ne peut même pas donner sa démission… 🙂  Elle a besoin d’énergie.  Est-ce que l’alimentation restreinte qu’elle prend lui apporte tous les nutriments dont elle a besoin…?
  • Les pleurs du voie-lactien…
    • Si cette maman avait le soutien/le support d’un adulte en qui elle a confiance pendant la période des pleurs intenses de son voie-lactien, est-ce que sa décision de couper des aliments dans son alimentation serait différente…?
    • Comment maman et papa interprètent les pleurs de leur voie-lactien…? Beaucoup de parents se donnent le mandat absolu de trouver LA solution aux pleurs de leur voie-lactien…  Est-ce vraiment réaliste…?
    • Est-ce qu’un voie-lactien en bonne santé ne pourrait pas pleurer pour exprimer de la fatigue, de l’épuisement face aux stimulations nombreuses de sa journée: la famille a rendu visite à des amis, des visiteurs sont venus à la maison, papa reprend le travail après un congé … Mettons nous un instant des « les souliers » du voie-lactien: chaque lieu, chaque personne, chaque déplacement ce sont autant d’odeurs, de voix, de touchers, de sensations différentes qu’il ne peut expliquer… Heureusement, sa maman-son papa restent tout près de lui et toutes ces nouveautés, c’est un « bon stress » pour lui et c’est génial pour la connexion des neurones dans son cerveau – il ne faut surtout pas rester encabanés avec son petit voie-lactien!  En même temps, pour lui, ça peut être fatigant, épuisant, vidant.  À ce propos, je vous invite à lire/relire Science au service des parents – The Science of Parenting.

L’autre point, c’est l’importance de consulter un professionnel de la santé qui se tient à jour… Nous sommes très loin de tout savoir dans plusieurs domaines de la santé et ce qui est vrai aujourd’hui ne le sera peut-être plus demain…  Les parents sont très souvent perdus quand ils consultent des professionnels de la santé et qu’ils reçoivent des avis différents…

  • Est-ce que tous les professionnels de la santé qu’ils consultent ont des connaissances basées sur des résultats probants?
  • Est-ce qu’il y a un professionnel de la santé qui agit comme « chef d’orchestre » auprès de la famille….?  Un professionnel de la santé qui reprend, avec maman-papa les conseils reçus, les avis donnés et qui traduit pour maman-papa, dans leur vie de leur famille à eux.

Voilà… 🙂

Et vous, qu’en pensez-vous…? J’attends vos commentaires avec impatience – je vous remercie à l’avance!

 

 

Cocooning

Pendant ce temps des Fêtes, j’ai rencontré plusieurs bébés dont deux voies-lactiennes, un voie-lactien, avec leurs maman-papa-famille. Quand je rencontre ces familles, je me sens privilégiée d’assister à l’émergence d’une nouvelle famille.  Je suis très touchée de constater tout l’amour qu’il peut y avoir entre ces personnes.  Je suis émerveillée de voir ces bébés si compétents – sans aucune formation préalable, ils savent où trouver du lait, ils savent se blottir dans les bras de maman-papa, ils savent alerter maman-papa si ça ne va pas. Je vois des papas qui s’impliquent en s’occupant de la maisonnée, en entourant maman.  Je vois des mamans qui viennent de donner la vie, qui donnent leur lait, qui collent ce tout-petit contre elles.   Vous me direz que donner la vie, ça ne fait pas mourir une femme… vous avez raison:  ma grand-mère paternelle est décédée à 98 ans après avoir mis au monde seize enfants, la moitié en zone urbaine et l’autre moitié en zone rurale.  Sauf que…

Sauf que notre vie a changé… notre société aussi.  Très souvent, c’est chacun pour soi, c’est la performance, c’est tout-réussir-tout-de-suite-maintenant… Les femmes que je rencontre abordent souvent la maternité comme elles abordent le restant: elles voudraient tout-faire-tout-de-suite-à-la-perfection. Maintenant, « à mon âge » 🙂 je regarde les familles, mon regard teinté des mes expériences, de mon bagage de vie.  Je prends conscience de l’ampleur du geste de donner la vie à un être humain, de bâtir une famille dans ces années 2000. Ce don de soi a toujours mérité hommage… et ça continue plus que jamais… Aujourd’hui, plusieurs nouvelles mamans ont très peu côtoyé d’autres mamans avec des bébés, plusieurs sont isolées… Comme dans tout ce qu’on fait une première fois, les nouvelles mamans vivent des moments d’hésitation, de doute… et elles vivent  souvent ces moments « normaux » à mes yeux comme des échecs… Elles sont très exigeantes envers elles… Au temps de mes grands-parents, il y a avait les relevailles, « cérémonie d’action de grâces » lorsqu’une femme retourne à l’église pour la première fois après ses couches ». Les relevailles duraient souvent quarante jours, période pendant laquelle la nouvelle maman recevait de l’aide des femmes et des filles de son entourage.  Mélissa Guillemette, dans son texte, parle des relevailles et elle nous dit, entre autres:

« Certains proches sont présents, mais leur façon d’aider, c’est de donner mille conseils et de rappeler qu’ils ont eu huit enfants et que pour eux, ça marchait bien. » — Gaëtane Tremblay, directrice générale du Groupe Les Relevailles de Québec

« On n’accepte plus comme avant de se faire aider. On se dit qu’on devrait être capable de tout faire seul, sinon, c’est s’avouer faible. » — Annie Bouchard, fondatrice du centre périnatal privé La Source en soi

Du temps des relevailles, la naissance était célébrée avec le baptême et en plus de la marraine et du parrain, il y avait la « porteuse », généralement une femme de la famille qui portait le bébé car maman attendait le 40e jour après la naissance pour sortir publiquement (toute une coutume… 🙂 ).  En plus, le « village » s’unissait pour permettre à la nouvelle maman de s’occuper de son voie-lactien de façon presque exclusive. Maman vivait une période de transition, une pause, entre donner la vie et reprendre une nouvelle vie avec ce nouvel être humain. Aujourd’hui, c’est comme si on passait de la naissance à… la vie… sans hommage, sans transition et on s’étonne que maman ait le vague à l’âme, que l’aîné fasse des coups pendables, que le couple vogue à la dérive… Et si maman, qui vient de donner la vie, recevait du temps de son « village » et acceptait ce don de son « village ».  Si maman acceptait de prendre quelques jours de pause, en retrait du tourbillon de la vie, quelques jours de « cocooning » en pyjama, avec son nouveau voie-lactien et en suivant son rythme…  prendre une collation avec protéines quand bébé tète et se reposer quand bébé se repose.   Non, rassurez-vous, pas nécessairement 40 jours 🙂  Peut-être quelques jours, le temps du démarrage de l’allaitement, le temps que bébé reprenne son poids de naissance, le temps que cette nouvelle famille en éclosion sorte de son cocon… Je le propose d’emblée à toutes les mamans que je rencontre.  Celles qui se le permettent sont bien contentes.

Le rôle premier de papa, mâle dominant de son clan, est de protéger les siens: il prend en charge la maisonnée, il nourrit maman qui nourrit bébé, il gère les visiteurs et les « donneurs de bons conseils ».  Et bien entendu, papa profite de tous les petits moments de liberté qu’il ramasse pour « cocooner » avec maman-bébé.

Au seuil de cette nouvelle année, c’est ce que je souhaite aux nouvelles familles… d’accueillir leur voie-lactien avec du « cocooning », un peu-beaucoup-énormément!  Et aux familles déjà écloses, je souhaite que les membres se retrouvent régulièrement pour une séance de « cocooning ».

Pieds sous couvertures

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