Voyage en avion et équidignité

Le 5 novembre 2017, la chronique de Marc Cassivi, La Presse, s’intitulait »Les meilleurs sièges » .  Dans un vol nolisé Londres-Lisbonne, il décrit le comportement d’un enfant de 2-3 ans et de sa maman, jeune vingtaine, qui en avait plein les bras avec son bambin.  Alors que celui-ci jouait avec la tablette du siège devant lui, une vieille dame s’est levée, l’a fusillé du regard et, sans avertissement, a insulté vertement sa mère, une femme dans la jeune vingtaine, devant tout le monde.

Aujourd’hui, Marc Cassivi reprend cette histoire, « Le cliché de l’enfant-roi », car il a reçu des commentaires des lecteurs.  Marc Cassivi dit:

Je suis sans doute naïf, mais je ne m’attendais pas à ce qu’une majorité de lecteurs prennent le parti de cette vieille dame effrontée. C’est pourtant ce qui est arrivé. Le courrier a d’ailleurs été particulièrement abondant en sa faveur.

Une histoire très intéressante… Prendre l’avion, c’est un stress pour tous les passagers – pensons aux espaces exigus, aux consignes de sécurité à respecter, et tout le reste.  Bien sûr, tous les passagers ont le droit à leur quiétude, à leur « bulle ».  Évidemment, un bambin de 2-3 ans bouge et explore son environnement – c’est un enfant qui se comporte comme un enfant et qui ne comprend pas nécessairement la portée de ses gestes d’exploration car son cerveau n’est pas assez développé pour analyser, prévoir, anticiper.  En outre, la mère de ce bambin a un pouvoir limité sur celui-ci:  oui, elle peut l’emmener marcher dans l’allée en autant que ce soit le « bon » moment, pas le temps de l’atterrissage, du décollage, des perturbations, du service de repas/collations.

Je ne peux m’empêcher de penser que le bambin du vol Londres-Lisbonne, ça pourrait être ma petite-fille, Juliette… je l’imagine entre 2 sièges, dans un avion… ce serait sûrement toute une aventure…  Et pas besoin de prendre l’avion pour vivre une situation « intéressante »… Ce matin, j’ai reçu le vaccin anti-grippal.  J’étais entourée de personnes âgées qui marchaient lentement, qui sortaient lentement leurs papiers, qui s’exprimaient lentement, qui ne comprenaient pas du premier coup la question posée… Évidemment, moi, avec mes 20 ans de moins qu’eux, j’étais « une jeunesse », mon temps avec l’infirmière a été très court… 😊 En même temps, ces personnes âgées, ça aurait pu être ma mère, mon père, ma belle-mère… et demain, ce sera mon conjoint et moi qui serons des personnes âgées, ralenties par les années…

Jesper Juul, thérapeute familial danois a écrit « La vie en famille – renouveler les valeurs fondamentales du vivre-ensemble ».  Dans la vie familiale, cet auteur nous invite à nous appuyer sur 4 valeurs : l’équidignité, l’intégrité, l’authenticité et la responsabilité.  Jesper Juul dit que

(…) la notion d’équidignité fait référence au besoin fondamental de tout être humain d’être vu, entendu et pris au sérieux en tant qu’individu. (…)  (p. 25)

La question n’est donc pas de savoir si les adultes ont le pouvoir, mais bien de savoir comment ils en font l’usage et c’est sur ce point précis que l’équidignité est la valeur la plus constructive.  Se sentir considéré comme étant de même dignité est tout le contraire d’être rabaissé, dominé, catalogué, ridiculisé, ou de sentir qu’on nous donne une leçon, mais cela n’a rien à voir avec le fait d’être gentil ou raisonnable,  Nous pouvons tout à fait nous considérer l’un l’autre comme étant de même dignité tout en étant furieux ou malheureux. (p. 26)

Un des aspects les plus importants de l’équidignité – et cela concerne aussi les relations entre adultes et enfants – est qu’elle est le terreau de la réciprocité. (…)  Notamment que chaque membre du système, de par le fait qu’il fait partie d’une même communauté, influence les autres et subit en retour leurs influences.  Ce à quoi je fais référence est une forme bien plus conscientisée de réciprocité où les partenaires sont constamment enclins à apprendre les uns des autres et, en conséquence, à s’épanouir.  Les enfants peuvent dans une très large mesure nous apprendre au travers de leurs réactions, par exemple comment nous comporter de manière plus constructive envers chacun d’eux. (p. 39)

Cette notion d’équidignité apporte un tout autre éclairage à cette histoire en avion…  Je crois que le fils aîné de Marc Cassivi a compris ce principe d’équidignité :   à l’aller, le tout-petit s’est pris d’affection pour cet ado qui, mettant en pratique sa formation de gardien averti, l’a diverti du mieux qu’il pouvait.  Bravo!

Situation intéressante, hein…?  Vous, comme parent de ce bambin, qu’auriez-vous fait?  Qu’auriez-vous fait à la place de la dame qui ne voulait pas de coups de pied dans le dossier de son siège…?  J’attends vos réponses 😊

Une réflexion sur “Voyage en avion et équidignité

  1. Ping : La vie en famille – Jesper Juul – Louise Godin

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