Dossier « Pleurs, coliques »

Ici, je parle des coliques avec les pleurs car ces deux sujets sont très souvent reliés durant les premières semaines de vie de bébé.  Les coliques sont reliées à l’immaturité du système nerveux central (1/3 des cas) et à l’immaturité du système digestif.

Avant d’aller plus loin, quelques faits à propos des coliques:

  • « Coliques »: ce mot vient du grec, et est dans la même famille que colon.
  • Tenant compte de l’immaturité des systèmes gastro-intestinal et nerveux central du bébé, il y a une part de « normalité » dans les pleurs et dans les coliques d’un jeune bébé.
  • Non, un bébé n’est pas allergique au lait de sa maman.  J’en reparle plus loin: le lait de maman goûte son liquide amniotique.  Donc, bébé qui prend le lait de sa maman est déjà habitué au type d’alimentation de sa maman à lui.
  • Dans le lait maternel, il y a des leucocytes (protection contre les infections), des immunoglobulines A, sIgA, une protection contre le EColi jusqu’à 24 mois au moins.  Par le lait maternel, maman transmet à son bébé des endorphines, hormones qui apaisent, de l’ocytocine, hormone de l’amour et du bien-être.
  • Le lait maternel possède de grandes quantités de plusieurs enzyme nécessaires à la digestion et qui contribuent à diminuer les coliques.
  • La préparation commerciale pour nourrissons est faite avec du lait de vache.  On peut présumer qu’un bébé allaité qui a des coliques aurait encore plus de coliques en prenant un biberon avec de la préparation commerciale.
  • Le bébé né prématurément et aussi le bébé de petit poids à la naissance auraient plus de coliques.

Parlons d’abord des pleurs et ensuite, élaborons sur le sujet des coliques.

Un texte « résumé » à propos des pleurs:  2018-04-05 pleurs du bébé texte simplifié et histoire

Faut-il laisser pleurer un bébé?  Non.

Il faudrait bien qu’il apprenne… qu’il comprenne…  Non, parce que son cerveau n’est pas assez formé dans sa première année de vie pour qu’il comprenne.  Non, parce qu’en sortant du ventre de maman, il a besoin de re-trouver maman, de s’attacher à papa pour vivre.  Et plus maman-papa répondront à ses besoins, plus il apprendra à leur faire confiance, plus il développera un lien d’attachement sécurisant envers eux, plus il deviendra un enfant, un ado, un adulte « solide »

Aletha Solter pleurs

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Référence:  http://www.awareparenting.com/cryinginarms.htm, 2016-04-12

Référence: Aletha Solter, PLEURS ET COLÈRES DES ENFANTS ET DES BÉBÉS / Tears and Tantrums: What to Do When Babies and Children Cry

Ici, je veux parler davantage de la période de pleurs du bébé durant ses premières semaines de vie terrestre.

Les pleurs, c’est sérieux. Quand bébé pleure,

  • Son cœur bat plus vite, sa tension artérielle s’élève de même que la pression intra-crânienne.
  • Il peut présenter une difficulté respiratoire: le sang pauvre en oxygène retourne dans la circulation sanguine au lieu de retourner dans les poumons pour être oxygéné.
  • Le taux de sucre dans le sang (glycémie) du bébé qui pleure peut être plus bas: il redemande le sein.
  • Ça peut causer une distension de son estomac: il peut avoir plus de gaz.

Maman qui entend son bébé pleurer…

  • Son coeur bat plus fort, sa tension artérielle s’élève et la température de ses seins s’élève aussi.
  • Du lait peut s’écouler de ses seins, elle peut sentir une montée de lait.

Évidemment, quand un bébé pleure vraiment beaucoup, il faut s’assurer qu’il est en bonne santé: fièvre? Pleurs pas comme d’habitude? Refus de téter?  Faim, soif, froid, chaud, rot?  Maman-papa, fiez-vous à votre « petite voix » en dedans.  Vous pensez que votre bébé n’est pas bien, consultez.

 

Bon… bébé n’est pas malade…  Chaque bébé est différent. Chaque bébé vient au monde avec son tempérament et ses rythmes. Selon Germain Duclos, pour chaque enfant qui pleure, « Il n’y a pas de problème à régler, mais un besoin à satisfaire ».   Si l’enfant pleure, c’est qu’il a la compétence de s’exprimer. Une chose est certaine : l’enfant qui pleure vit un stress et trop de stress peut avoir, à la longue, un impact négatif sur son développement : pour aider un enfant à se forger un système cérébral efficace de régulation du stress, il faut le soutenir aussi bien dans ses moments douloureux que dans ses accès de joie.  Le cerveau des enfants, en pleine croissance durant les premières années de vie, est extrêmement vulnérable au stress.  Si l’on n’aide pas suffisamment un enfant à gérer ses émotions fortes, les systèmes d’alerte de son cerveau inférieur risquent d’être suractifs plus tard (référence).  Lorsqu’on aide un enfant à faire face à ses émotions, de nombreuses cellules de son cerveau supérieur commencent à établir des connexions.  Le cerveau supérieur libère des substances anti-anxiogènes et le calme revient (Margot Sunderland in Science au service des parents (La), pages 26 et 27).

En même temps, les pleurs d’un bébé affectent tout le monde, dans une famille, même le chien! Très souvent, maman et papa agissent différemment face aux pleurs d’un enfant : maman aurait plus tendance à l’« acting in » et papa à l’« acting out ». Isabelle Filliozat, dans son livre Il n’y a pas de parent parfait, parle des  pleurs du nourrisson (pages 197 à 200).  Évidemment, dans chaque situation, je le répète, il faudra s’assurer que bébé est en bonne santé.

Ensuite, plusieurs stratégies sont proposées par plusieurs auteurs et parfois, force est de reconnaitre que bébé pleure et on ne sait pas pourquoi. Par contre, de plus en plus d’auteurs s’accordent à dire qu’il ne faut pas laisser un bébé pleurer tout seul. Votre bébé/enfant est en bonne santé et il pleure… D’après vous, quel devrait être votre but…? Arrêter ses pleurs à tout prix ou plutôt reconnaître ses pleurs et lui « prêter » une épaule compatissante pour pleurer ce qu’il a à pleurer…?  Vous est-il arrivé, après une « grosse » journée, d’être fatigué, vraiment très fatigué, au point de ne pas avoir faim, au point de pleurer…? Dans un moment comme celui-là, qu’est-ce qui vous fait du bien…? Quelqu’un qui essaie de vous raisonner, de vous convaincre que ses solutions vont régler votre problème ou quelqu’un qui vous prend dans ses bras « tout simplement »?  Dans un moment comme celui-là, je crois que les mots sont superflus et pouvoir pleurer sur une épaule compatissante, ça dit « Tu n’es pas seul dans ta peine ».  Maintenant, si votre bébé/enfant est en bonne santé et qu’il pleure, pourrait-il avoir besoin de sa maman-son papa qui le prend dans ses bras  « tout simplement » sans avoir comme but absolu de trouver LA solution, LA réponse qui efface la peine…? Et oui, à la fin d’une journée, votre « voie-lactien » peut être é-p-u-i-s-é… Après tout, il est en « jet-lag cosmique« …

Saviez-vous que les chants apaiseraient davantage un bébé que la parole…? J’en parle dans l’article « Chant et danse, amis des familles« .

À défaut de le prendre parce que ses pleurs exaspèrent l’adulte qui en prend soin, il serait souhaitable de laisser le bébé dans la même pièce que les autres membres de la famille et peut-être même, de confier le bébé qui pleure à un adulte qui se sent capable de prendre la relève.

Françoise Dolto disait:

« Notre rôle, ce n’est pas de rythmer les besoins d’un enfant, comme nous le croyons, mais d’être au service de ses rythmes, de lui donner à manger quand il a faim.  Il prend ce qu’il veut de ce que nous lui proposons, et s’il ne veut pas, il faut lui dire: « C’est très bien. »  in « Tout est langage« , Gallimard 1994, page 69.

10 choses que les jeunes mamans doivent absolument savoir

Avez-vous lu…

                                   

 

 

Les coliques

position coliques

Les coliques, le reflux gastro-oesophagien (RGO)

Les coliques… un mot qui englobe bien des éléments.  Le RGO est plus précis.  Par contre, il est « normal » d’avoir du reflux, que le contenu de l’estomac (gastro) remonte dans l’oesophage, le « tuyau » qui envoie la nourriture ingérée dans l’estomac.  C’est d’autant plus « normal » que le muscle rond qui ferme l’entrée de l’estomac, le cardia, n’est pas mature et ne ferme pas bien l’estomac…

rgo

Le système digestif du bébé est immature:

  • À 1 mois, l’estomac du bébé est environ 10% de l’estomac adulte.
  • Il y a un minimum de glandes gastriques, donc moins d’enzymes digestives pour digérer le lait.
  • La vidange gastrique est accélérée.
  • Certains bébés, en plus de cette immaturité, ont un tissu intestinal plus perméable avec un péristaltisme irrégulier, faible et violent et par spasmes; ces bébés ont aussi un taux plus élevé de motiline, hormone digestive qui stimule les contractions musculaires.
  • Les muscles qui entourent le système gastro-intestinal sont minces et faibles.
  • À la naissance, bébé a un niveau élevé de progestérone, hormone qui relaxe les muscles de l’intestin.  Ce niveau baisse 1-2 semaines après la naissance, ce qui peut augmenter les coliques.
  • La cholécystokinine, CKK, hormone digestive présente en grandes quantités dans le lait maternel, serait moins présente dans l’estomac du bébé qui a des coliques.
  • Le bébé qui a des coliques aurait plus de cortisol, hormone du stress, d’où l’importance de créer un environnement calme pour un bébé qui pleure sa courte vie.

Voici ce que certaines sources en disent…

American Academy of Pediatrics a publié un document, en 2018, « Diagnosis and Management of Gastroesophageal Reflux in Preterm Infants »

Gastroesophageal reflux (GER), generally defined as the passage of gastric contents into the esophagus, is an almost universal phenomenon in preterm infants. It is a common diagnosis in the NICU; however, there is large variation in its treatment across NICU sites. In this clinical report, the physiology, diagnosis, and symptomatology in preterm infants as well as currently used treatment strategies in the NICU are examined. Conservative measures to control reflux, such as left lateral body position, head elevation, and feeding regimen manipulation, have not been shown to reduce clinically assessed signs of GER in the preterm infant. In addition, preterm infants with clinically diagnosed GER are often treated with pharmacologic agents; however, a lack of evidence of efficacy together with emerging evidence of significant harm (particularly with gastric acid blockade) strongly suggest that these agents should be used sparingly, if at all, in preterm infants.

La Société canadienne de pédiatrie a publié, en 2016, un document, « Les cinq examens et traitements sur lesquels les médecins et les patients devraient s’Interroger » et un de ces traitements est l’inhibiteur de la sécrétion acide ou un agent prokinétique pour le traitement du reflux gastro-oesophagien chez les nourrissons.

Naître et grandir, les coliques

Les pleurs sont une chose parfaitement normale : ils sont souvent la seule façon qu’a un bébé de s’exprimer. Un bébé pleure s’il a faim, s’il a froid, si sa couche est mouillée… et c’est aussi parfois une façon pour lui de s’apaiser par lui-même. Cependant, certains nourrissons pleurent plus que d’autres, sans raison apparente. On a beau les nourrir adéquatement, les tenir au chaud, les cajoler, rien n’y fait. On dit d’eux qu’ils ont des coliques, bien que ce ne soit pas nécessairement le cas. En fait, on ne sait pas ce qui cause leur comportement. Le terme colique désigne une douleur au côlon. Selon les données connues, 10 % à 15 % des nourrissons souffriraient de coliques.

Un bébé qui a des coliques est, par ailleurs, un enfant en bonne santé. Il a un réflexe de succion normal. Il mange bien. Il ne vomit pas (mais c’est normal qu’il régurgite de temps à autre). Il ne fait pas de fièvre. Il n’est pas léthargique . Ses selles sont normales. De plus, il a toujours un gain de poids satisfaisant.

Société canadienne de pédiatrie, les coliques et les pleurs

Les bébés en santé pleurent. C’est leur manière d’exprimer leurs besoins et de communiquer avec les personnes qui les entourent. La plupart du temps, vous réagissez en donnant à votre bébé ce dont il a besoin : vous le nourrissez, l’aidez à s’endormir, changez sa couche ou lui faites des câlins. Les pleurs sont très utiles pour les bébés, parce qu’ils dépendent des autres pour répondre à tous leurs besoins.

Il arrive toutefois que même les parents les plus affectueux ne réussissent pas à calmer les pleurs de leur bébé. Ce n’est pas leur faute.

Lorsqu’un bébé pleure beaucoup et longtemps (sans interruption), même s’il a été nourri, changé et câliné, on dit souvent que c’est un bébé à coliques. On a longtemps pensé que les coliques étaient un « état ». Certains bébés en ont, d’autres non.

Toutefois, d’après de nouvelles données, ce qu’on appelle les coliques ferait partie du développement normal du bébé. Au début de leur vie, tous les bébés vivent une période au cours de laquelle ils pleurent plus qu’en toute autre période.

Chaque bébé est différent. Pendant cette période « de pointe », qui dure généralement de 3 à 8 semaines, certains bébés pleurent beaucoup plus que d’autres. Leurs pleurs peuvent sembler plus énergiques et peuvent être plus difficiles (parfois impossibles) à consoler.

La bonne nouvelle? D’abord, ces pleurs sont normaux. Ils n’ont aucun effet à long terme sur votre bébé. Ensuite, ils ne se prolongeront pas indéfiniment. Cette période de pleurs vigoureux et intenses (et inexpliqués) peut s’arrêter tout aussi rapidement qu’elle a commencé ou diminuer graduellement au fil du temps. En général, ils sont chose du passé lorsque votre enfant atteint 3 ou 4 mois.

Hôpital de Montréal pour enfants, Coliques

Un bébé qui souffre de coliques pleure beaucoup, en général plus de 3 heures par jour; mais chez certains enfants, la crise peut durer encore plus longtemps. En général, les pleurs débutent vers la même heure, souvent en début en soirée.
Les coliques sont fréquentes. On estime qu’au moins 1 ou 2 bébés sur 10 ont des coliques pendant leur petite enfance. Mais il est important de se rappeler que même s’il est difficile de prendre soin d’un bébé qui souffre de coliques, celles-ci ne sont pas dangereuses.

On a souvent l’impression que les bébés qui ont des coliques souffrent de douleurs abdominales, mais la véritable cause demeure inconnue.

Dr Brazelton, pédiatre américain, « Les pleurs en fin de journée » dans Votre enfant et son sommeil, pages 39 et 40

Vers trois semaines, une période de pleurs en fin de journée a de fortes chances de s’instaurer.  Des mères m’ont dit qu’elles peuvent prévoir cette phase d’énervement ou d’irritation car leur bébé commence à s’agiter, à être trop facilement hyperstimulé et à se montrer souvent inconsolable.  Elles me disent aussi qu’après ces pleurs leur bébé dort mieux.  Une fois que le parent a vérifié qu’il ne s’agit pas de faim, d’inconfort ou de douleur, le bébé peut avoir besoin de pleurer pour libérer la surcharge de son système nerveux immature.  Après ce laps de temps, suivi de nombreux apaisements et renvois, en général le bébé se calme et s’endort.  Un peu comme s’il avait fini par s’épuiser et avait évacué son trop-plein d’énergie nerveuse.  Cette capacité à s’endormir par la suite fait mieux accepter la période de pleurs.

Article publié dans les Dossiers de l’Allaitement numéro 41 (Octobre-Novembre-Décembre 1999)

« Il faut réhabiliter le bavoir »  Pr Dominique Turck
« Les régurgitations sont essentiellement un problème de lessive, non un problème médical »  Dr Gregory White

La plupart des bébés régurgitent, en raison du manque de tonicité du cardia et de l’immaturité des mécanismes physiologiques de la vidange gastrique. De plus, les nourrissons ont une alimentation liquide dont le volume rapporté à leur poids est très important ; en effet, pour un adulte de 65 kg, la quantité de lait absorbée par un bébé de 5 kg correspondrait à environ 8 litres par jour.

Une étude portant sur 948 enfants a montré que :

  • la moitié des nourrissons de 3 mois régurgitaient au moins une fois par jour
  • la fréquence maximum des régurgitations était observée à 4 mois chez 67 % des enfants
  • la prévalence des régurgitations passait de 61 % à 21% entre 6 et 7 mois
  • 23 % des enfants régurgitaient au moins 4 fois par jour à 5 mois, contre 7 % des enfants de 7 mois.

La plupart du temps, le reflux est donc un phénomène normal, physiologique, qui disparaîtra avec le temps et la prise régulière d’une position plus verticale (assise, puis debout).

Mais parfois, un bébé souffre d’un « réel » reflux gastro-œsophagien (RGO). Le contenu de l’estomac remonte chroniquement dans l’œsophage, qui sera irrité par le contact répété avec un liquide acide. Cela s’accompagne souvent de régurgitations, mais il peut arriver que le bébé ne régurgite pas et manifeste simplement sa souffrance par ses pleurs. Là aussi, ce phénomène se résoudra spontanément avec le temps, les symptômes disparaissant chez la plupart des enfants entre 9 et 12 mois. Chez certains enfants, le RGO sera associé à une autre pathologie (encéphalopathie, hernie hiatale…) ; ces enfants auront généralement besoin d’un traitement assez lourd au long cours, ou d’une intervention chirurgicale.

Dr Ted Greiner, 2010-05-20 The Breastfeeding Mother’s Diet

Une autre pathologie… Oui, effectivement, il est possible qu’il y ait un problème de RGO.

  • Un bébé de 3 mois et moins qui fait de la fièvre doit voir un médecin rapidement.
  • Si bébé vomit, ça sort comme un projectile, loin devant, ça se répète, il faut voir un médecin.
  • Si bébé régurgite/vomit et qu’il y a du sang, des filaments de sang, il faut voir un médecin.
  • S’il y a du sang/un filament de sang dans les selles de bébé, dans les urines, il faut voir un médecin.
  • Si les pleurs sont accompagnés de nez qui coule, d’eczéma, de nez qui pique, d’insomnie persistante, diarrhée et selles vertes parfois avec mucus, sang, difficulté respiratoire, régurgitations/vomissures fréquentes, il faut voir un médecin.
  • J’ajouterais aussi si maman-papa trouvent que leur bébé « n’est pas comme d’habitude », ça devrait allumer une lumière et surveiller bébé de près dans les heures qui suivent et ne pas hésiter à consulter – vaut mieux consulter pour rien que de regretter de ne pas l’avoir fait.  Dans un premier temps, à moins d’une urgence vitale, les parents peuvent appeler Info-Santé, 8-1-1 et l’infirmière pourra les guider et les renseigner.

Fait intéressant rapporté par Pamela S. Douglas (2004): les coliques seraient-elles reliées à nos pratiques nord-américaines qui préconisent un bébé qui passe du ventre de sa maman à son lit dès sa naissance et qui « fait sa nuit » également dès sa naissance…  Dans certaines cultures ayant des attentes différentes, oû le portage et le cododo sont pratiqués davantage, le mot « colique » n’existe pas… Intéressant.

2018-01-23:  Allergies and the breastfed babies: un sujet qui revient souvent… Des parents qui vivent avec un bébé qui pleure beaucoup devraient être accompagnés sans tarder par un professionnel de la santé bienveillant, dont les connaissances sont à jour en lactation humaine et en développement du bébé.  Très (trop?) souvent, on associe les pleurs de bébé à ce que mange une maman et celle-ci est invitée à couper une très grande partie des aliments qu’elle mange… ce qui n’a pas beaucoup de bon sens.  Je crois important d’avoir une vue plus générale de la situation vécue par cette famille.

De cet article, je retiens, entre autres:
  • « Sometimes, though, a baby who may appear to have some sort of food allergy is actually a baby with a higher-needs temperament (…)  » / Un bébé qui semble avoir une allergie à un aliment est un bébé aux besoins intenses (trad. libre)
  • « For the symptoms to be related specifically to food allergy, there needs to be a documented allergic reaction (…) » / Concernant les symptômes spécifiquement à une allergie alimentaire, il est nécessaire de documenter la réaction allergique. (trad. libre)
  • « In most cases, breastfeeding can and is encouraged to continue. » / Dans la plupart des cas, l’allaitement peut et devrait être encouragé. (trad. libre)
  • « However, Dr. Shakir advises parents not to forever remove the offending food but to eliminate the trigger for three to four weeks past the point when the child’s symptoms resolve, and then to reintroduce it. » / Dr Shakir suggère aux parents non pas d’enlever pour toujours l’aliment qui cause une réaction mais de l’éliminer pour 3-4 semaines, le temps que les symptômes chez l’enfant disparaissent et à ce moment, de réintroduire cet aliment. (trad. libre).

Quoi faire…?

Connaissez-vous la « danse des coliques« ?  C’est un papa infirmier qui a eu l’idée… 🙂

Il y a des papas (ou toute autre personne du « village ») qui sont devenus experts en bébé qui pleure… Quand la période des « pleurs-coliques » commence, maman va prendre un bain (ou une marche ou un café avec une amie) et papa s’occupe de bébé, l’emmène faire un tour d’auto.  Le jour, pendant que maman travaille à l’intérieur 🙂 papa travaille à l’extérieur, il côtoie d’autres adultes. Les pleurs de son bébé le touchent sauf qu’il en a, parfois, une autre perspective…  Une maman demandait à une voisine adolescente de venir, en fin de journée, bercer bébé pendant que maman préparait le souper.

Probiotiques pour bébés?

Le 19 janvier 2016, Catherine Handfield, La Presse+, a posé la question à Dre Valérie Marchand, gastroentérologue pédiatre à l’hôpital Sainte-Justine et ancienne présidente du comité de nutrition de la Société canadienne de pédiatrie.  Dre Marchand disait, entre autres:

  • Les probiotiques peuvent avoir des bénéfices dans certaines situations cliniques, mais de là à en donner d’emblée à un enfant pour améliorer sa santé intestinale… Je pense qu’il y a bien d’autres choses qu’on peut faire avant ça.
  • Les probiotiques qui sont dans l’intestin vont effectivement renforcer la fonction de barrière entre l’intérieur de l’intestin et le sang en augmentant la production du mucus et en augmentant le lien entre les cellules. Ça diminue la perméabilité intestinale. Maintenant, est-ce que ça va diminuer la pénétration de microbes dans la muqueuse intestinale ? Peut-être. L’autre chose qu’on veut, c’est que les protéines alimentaires ne pénètrent pas intactes dans le sang pour éviter de créer des allergies alimentaires. Des études ont montré que certains probiotiques peuvent réduire le risque, chez les bébés, de devenir allergiques, mais les études ne sont pas toutes significatives à cet égard.
  • Il y a d’autres façons de moduler la flore intestinale. Notre flore intestinale est établie très tôt dans la vie, vers 6, 12 mois. On prend des probiotiques, on modifie notre flore intestinale. On arrête d’en prendre, et quelques jours après, la flore intestinale revient à ce qu’elle était.  Comment peut-on moduler la flore intestinale de son enfant?  Par l’allaitement maternel, qui est la manière la plus intéressante, la plus durable et la plus efficace, ainsi que par l’alimentation, en diminuant l’exposition à des antibiotiques…

Ceux qui sont intéressés par ce sujet peuvent consulter le document de principes de la Société canadienne de pédiatrie, « L’utilisation des probiotiques au sein de la population pédiatrique« .

Le lactose

Il existe des préparations commerciales pour nourrissons « sans lactose »… En réalité, c’est un « mythe » car le lactose est essentiel au développement du cerveau et du système nerveux central du bébé.  Il est démontré que 20% du lactose passe non digéré par l’enzyme lactase dans le gros intestin où il favorise la prolifération de bonnes bactéries.  Si la paroi de l’intestin est endommagée car bébé reçoit trop de lactose et pas assez de gras ou avec une augmentation trop rapide de lactase pour briser le lactose, une surcharge de lactose en résulte et bébé pourrait présenter un abdomen distendu, des gaz, un faible gain de poids, des selles vertes, fréquentes, mousseuses. D’autre part, le surplus de lactose ne doit pas être confondu avec l’intolérance au lactose lorsqu’une personne ne produit pas assez de lactase et, conséquemment, ne peut bien digérer le lactose.  Plus on vieillit, moins on a de lactase et 70% de la population aurait une déficience en lactase.  Il est rare qu’un enfant de moins de 3 ans ait une déficience primaire en lactase.  En même temps, ça reflète l’âge idéal du sevrage de l’allaitement.

J’ai trouvé cet article de la Leche League France, « Les coliques et le bébé allaité » .  Il est question, entre autres, du lait de maman contenant du lactose en début de tétée et plus de gras vers la fin de la tétée.  Si ça aide, tant mieux…

« Bébé a des coliques – c’est la faute de ce que maman mange! »

Des fois, j’ai l’impression que tout est de la faute des mères 🙂  J’exagère, je sais… Il faut quand même se dire que bébé allaité est habitué à l’alimentation de sa maman: quand il était dans le ventre de sa maman, il buvait du liquide amniotique, liquide qui goûtait l’alimentation de sa maman.  Si maman n’a pas d’allergie diagnostiquée, si elle n’a pas eu à suivre une diète particulière pendant sa grossesse, son alimentation était probablement variée et son bébé a été « exposé » au brocoli, au chou, au beurre d’arachides, aux oignons, etc.  À moins d’une indication médicale particulière, en période d’allaitement, maman peut donc continuer à manger ce qu’elle mangeait pendant sa grossesse…

Oui, chez certains bébés, quand maman coupe certains aliments, il va mieux. Des études démontrent que la maman d’un bébé qui a des coliques pourrait présenter un taux plus élevé d’immunoglobulines G, IgG, dans son lait. La demi-vie de l’IgG bovine est tellement longue qu’un essai de 14 jours peut être nécessaire pour obtenir des résultats valides.  Règle générale:

  • Maman devrait couper les protéines bovines de sa diète pour 2 semaines.  Si c’est positif, elle verra un changement dès 48 heures.  La pleine résolution du problème peut prendre plusieurs jours.
  • Maman peut essayer de réintroduire doucement :
    • semaine 1: fromages pâte ferme et yogourt,
    • semaine 2: fromage pâte molle
    • semaine 3: beurre et crème glacée
    • semaine 4: lait de vache en petite quantité
  • Si les symptômes reviennent : maman devrait réduire de nouveau son apport en protéines bovines.
  • Maman devrait couper le lait, le lactosérum (whey) et la caséine ou caséinate de sodium.  Le lactose est acceptable car c’est le sucre du lait.
  • Maman devrait être accompagnée dans sa démarche d’essayer de couper des aliments.
  • Est-ce que maman prend des vitamines, des fluorides, des suppléments de fer? Eux aussi pourrait être impliqués dans les coliques du bébé.  Encore une fois, maman devrait être accompagnée dans sa démarche de couper des suppléments.

Il faut reconnaître que maman a été en gestation, a accouché et maintenant allaite; son corps a besoin d’énergie, de calories, de vitamines et de minéraux. Maman a aussi besoin d’énergie et de nutriments pour une tâche incommensurable, s’occuper de son bébé, 24 heures par jour, 7 jours par semaine. Je rencontre des mamans qui en sont à boire et à manger… pas grand chose tellement elles ont tout coupé dans leur alimentation.  Je ne sais pas pour vous, mais moi, quand j’ai faim, je me sens moins patiente…  Donc, d’un côté, on aurait un bébé qui pleure peut-être un peu moins et de l’autre, une maman sûrement affamée, épuisée qui pleure parce qu’elle manque d’énergie et de patience pour s’occuper de son bébé – pas génial.

Les articles précités démontrent qu’il y a une part de « normalité » aux pleurs du bébé. « Normalité »… un bien grand mot… Si les pleurs, les tétées groupées, les coliques font partie de la vie normale d’un bébé normal, je reconnais aussi qu’il y a des bébés qui peuvent avoir du reflux, qui peuvent avoir mal au ventre – ce sont les parents de ce bébé qui connaissent le mieux ce bébé.  Quand des parents croient qu’il y a un problème, je crois que maman et les siens ont besoin d’être accompagnés par une équipe – médecin, diététiste, infirmière, consultante en lactation, afin de d’avoir un plan qui tienne bien compte de chaque membre de la famille, un plan qui s’assure que maman reçoit tous les nutriments dont elle a besoin.  Est-il nécessaire de tout couper et de tout couper d’un coup? Peut-on y aller par étapes? Peut-on faire des essais de réintroduction de certains aliments tenant compte que le système digestif de bébé, très immature, change beaucoup durant la première année?  Le plan envisagé doit être souple et revu souvent car bébé est en croissance constante.

D’autres suggestions?

  • Des bébés se calment quand on les emmène faire un tour d’auto.  Il faut savoir que Santé Canada, entre autres, recommande l’utilisation du siège d’auto pour une période d’environ 2 heures à la fois… De plus, le siège d’auto doit être réservé à la sécurité en auto pas pour les dodos d’un bébé.
  • Allaiter bébé à la verticale.
  • Sous surveillance d’un adulte concerné par le bien-être du bébé, le jour, coucher bébé sur le côté gauche, le laisser jouer sur le ventre.
  • Un massage: bébé sur le dos, on masse son ventre dans le sens des aiguilles d’une montre.
  • Bébé sur le dos, doucement, on prend ses jambes et on le fait pédaler.
  • Peau à peau… portage dans une écharpe.
  • Prendre un bain avec bébé.  Par mesure de prudence, vaut mieux attendre qu’un autre adulte soit présent et disponible pour la dyade qui prend un bain.
  • Chanter…
  • Une consultation en chiropractie?
  • Épaissir le lait avec des céréales de riz: ce serait inutile.  De plus, les enzymes du lait maternel digèrent rapidement la fécule des céréales et apporte des calories inutiles au bébé.
  • Médicaments anti-reflux: si nécessaire seulement.
  • Médicaments, herbes en vente libre: prudence car des cas d’empoisonnements se sont présentés avec « Japanese Star Anise ».
  • Emmaillotement: ce toucher peut apporter chaleur, sécurité au bébé; par contre, cette pratique peut contribuer à augmenter son temps de sommeil et diminuer ses pleurs donc sa communication à sa maman qu’il a faim, qu’il a trop chaud, etc.  De plus, l’emmaillotement serré peut comprimer la cage thoracique du bébé et engendrer des difficultés respiratoires.  Donc, cette pratique devrait être faite sous surveillance d’un adulte qui a le bien-être du bébé à cœur, pendant de courtes périodes, en s’assurant que les jambes de bébé sont placées ensemble, en flexion.

Si on sait que bébé est en bonne santé, toutes les solutions sont bonnes…

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Comme dit la La Leche League France: « Il faut être patient : le temps arrangera les choses, quoi qu’on fasse. Les laits artificiels ne sont pas la solution. »

Je reprends ce que je disais à propos des pleurs... Votre bébé est en bonne santé et il pleure… D’après vous, quel devrait être votre but…? Arrêter ses pleurs à tout prix ou plutôt reconnaître ses pleurs et lui « prêter » une épaule compatissante pour pleurer ce qu’il a à pleurer…?  Demain, votre bébé sera un homme de 17 ans et sa première blonde le quittera et il aura beaucoup de peine.  Ce qui effacerait son chagrin, c’est de ravoir sa belle… mais ce sera impossible.  À ce moment-là, les mots seront superflus, comme aujourd’hui, il aura besoin de savoir qu’il n’est pas tout seul dans sa peine, il aura besoin de votre épaule compatissante…

En terminant

Ceci étant dit, maman-papa, vous devez bien prendre soin de vous… Et prendre soin de vous veut aussi dire être soutenu par des adultes pleins d’empathie, de compassion, de patience, d’amour face à votre frustration, votre culpabilité, votre fatigue et peut-être aussi votre sentiment d’incompétence.  Oui, un bébé, c’est exigeant et encore plus quand il pleure: vous avez beau vous raisonner qu’il est en bonne santé, c’est tout un stress, pour un parent, de prêter une épaule compatissante à son bébé qui pleure.  Vous pouvez vous sentir dépassé(e), exaspéré(e), excédé(e) – vous vivez des émotions normales.   Quand vous vivez ces émotions, alors, STOP.

  • Déposez bébé sur le dos, dans son lit, les côtés remontés.  Il continuera de pleurer mais il sera en sécurité.
  • Vous, allez prendre une douche, prendre l’air sur le balcon, appeler quelqu’un qui peut vous écouter ventiler et/ou venir vous relayer auprès de bébé.
  • Retournez voir votre bébé quand vous aurez repris pied ou quand la personne que vous avez appelée est arrivée.

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