Prendre le temps…

Depuis presqu’un an, je suis la grand-maman de Juliette.  J’ai présentement l’impression, un peu plus chaque jour, de « récolter » le temps passé avec Juliette au fil de la dernière année: si je l’assois sur moi, elle sautille en me regardant – dans « notre » communication, c’est une demande pour faire « ti-galop ».  C’est un petit exemple parmi bien d’autres car sa maman et son papa en ont passé du temps avec elle et je suis chaque fois émerveillée de voir leur communication, signe indéniable et tangible des liens qu’ils ont tissé avec leur fille au fil des jours et des nuits des derniers mois.  C’est en pensant à cela que j’ai lu le texte de Nicole Bordeleau, Apprendre la patience.  Ce texte me touche beaucoup…

Nicole Bordeleau dit  « La patience nous enseigne l’acceptation du rythme naturel des choses. »  Récemment, j’ai reçu des nouvelles d’une maman qui m’a consultée à la naissance de son bébé pour un démarrage de l’allaitement difficile…  Lors d’une rencontre précédente, cette maman me disait à quel point elle avait l’impression d’avoir tout essayé, elle se sentait découragée car il n’y avait plus rien à faire selon elle – elle était prête à cesser l’allaitement. Ensemble, on avait fait le point et j’avais mentionné à cette maman comment je l’admirais, à quel point elle avait travaillé très fort et son bébé et papa aussi.  Je lui ai suggéré de « laisser faire le temps » – même moi, je trouve ça difficile, autant à dire qu’à faire.  Dans notre dernier échange, cette maman me dit que maintenant, ça va mieux… et elle a même l’impression d’aimer allaiter…

Dans cet article de Nicole Bordeleau, j’aime aussi quand elle dit : « En ce sens, la patience nous enseigne la différence entre « répondre » et « réagir ». »  Ici, je pense à l’approche empathique d’Isabelle Filliozat qui suggère, avant tout, d’observer.  Cette auteure a créé plusieurs ateliers dont « Stop aux crises ».  Prenons l’exemple d’un tout-petit qui pique une crise du « tonnerre ».  L’observation du parent permet à celui-ci de répondre à son enfant en le sécurisant, en le contenant avec bienveillance et amour et en réfléchissant… que peut-il bien se passer derrière cette colère…? Est-ce que ce comportement de crise serait un comportement de stress…?  Possible… et c’est aux parents de ce tout-petit de formuler des hypothèses qui pourront devenir des pistes d’interventions intéressantes pour mieux gérer ce moment difficile. Une approche très différente… pas toujours évidente à utiliser dans le feu de l’action, oui, je sais… Il faut se donner du temps… j’avance de 2 pas, je recule de un et j’avance un peu plus… une danse…

Être patient et laisser le temps agir, c’est loin d’être évident… Moi, la première, quand je vis une situation difficile, j’ai l’impression que ça sera toujours comme ça… et je reçois ce même commentaire de la part d’une maman qui voit un professionnel de la santé avec son bébé qui a des tensions musculo-squelettiques, un frein de langue court, d’une autre maman qui ressent de la douleur en allaitant à cause de plaies horribles aux mamelons, de parents qui ont des nuits coupées et bien d’autres… C’est vrai que si on savait quand la situation difficile se terminerait, ce serait tellement plus simple… Sauf que ce n’est pas comme ça… Et si on reculait de l’arbre pour mieux voir la forêt…?  À bien y penser, s’arrêter et prendre le temps d’observer, peut permettre de se rendre compte d’un changement, si minime soit-il: maman peut réaliser que son bébé ouvre la bouche un peu plus grande, qu’il tourne sa tête de façon un peu plus naturelle, qu’il sort sa langue un petit peu plus et elle ressent maintenant de la douleur à 8/10 au lieu de 12/10… c’est loin d’être parfait, oui… En même temps, il y a un progrès, la piste empruntée est peut-être la bonne, on continue, on réajuste, on refait le point…  Encore là, le temps est nécessaire: pour un bébé, mieux tourner sa tête, réapprendre à utiliser sa langue autrement, ça prend du temps.  Même chose pour une plaie :  règle générale, dans les meilleures conditions, une plaie a besoin d’environ 2 semaines pour guérir, on ne peut pas faire plus vite…

Concernant le sommeil d’un tout-petit, Dr Rosa Jové, auteure de Dormir sans larmes (2017) affirme que nous savons tous comment dormir en sortant du ventre de maman.  De la naissance jusque vers 7 mois, bébé construit son sommeil et vers 7 mois, le noyau cérébral suprachiasmatique de son cerveau aura considérablement mûri, tellement qu’il peut passer à un rythme circadien comme nous les adultes.  Entre 8 mois et 6 ans, ce sera l’étape de la maturation du sommeil avec des hauts et des bas dans l’établissement des cycles de sommeil surtout jusqu’au troisième anniversaire environ… ça prend du temps, c’est comme ça.    De toute façon, un bébé humain est trop immature pour dormir longtemps entre deux tétées.  L’estomac du bébé est gros comme son poing à lui – il ne peut pas contenir de grandes quantités de lait à la fois.  De plus, le lait de sa maman se digère très bien, donc bébé est « fait » pour prendre de petites quantités souvent, jour et nuit.  Même la nouvelle maman n’est pas faite pour dormir toute une nuit 😊: l’hormone prolactine, responsable de la production de lait, atteint un pic aux petites heures du matin et si bébé ne se réveille pas pour téter, c’est souvent sa maman qui le réveille!  Si votre bébé tout neuf dort 12 heures d’affilée, moi, j’ai besoin d’en savoir plus car je me demande comment ce bébé humain se développe…  Faire des nuits comme les adultes, s’endormir tout seul, ça prend du temps, le temps nécessaire à son cerveau de maturer et à son corps de se développer de façon qu’avec le temps, il n’ait plus besoin de prendre 10-12-14 tétées par 24 heures.  Dre Rosa Jové dit aussi que l’urgence rime très mal avec l’enfance – très bien dit 😊.

Tous les grands phénomènes de la nature prennent du temps: une tempête, la marée, le lever du soleil, les phases de la lune. Pour l’être humain, manger, dormir, respirer, vivre, en somme, ça prend du temps… et si on coupe du temps de sommeil, de repas, on vit moins bien et parfois, il peut y avoir des conséquences. Mettre au monde un enfant, l’accompagner dans son développement tout au long de la vie, ça prend du temps de même que tous les liens que nous tissons, que ce soient des liens d’attachement, de soins, d’amour, d’amitié.  Ressentir la compassion, l’empathie, écouter et être là pour l’autre, ça prend du temps…  Être écouté, être aimé, sentir la compassion et l’empathie de l’autre, ça aussi, ça prend du temps. Oui, tout prend du temps… et en même temps, manger, dormir, respirer, vivre, mettre au monde un enfant, l’accompagner dans son développement, être en relation avec l’autre, c’est bon… et peut-être « plus bon » si on prend le temps d’y goûter… Surtout que « le temps qui passe ne se rattrape guère, le temps perdu ne se rattrape plus »…

C’est l’été, l’école est finie, on vit les journées les plus longues de l’année… tout porte à la farniente… tout devient prétexte à prendre le temps de vivre « tout simplement »….   Et si vous ne savez pas trop par où commencer, écoutez votre « p’tite voix », votre voix du cœur… elle, elle sait 😊

Une réflexion sur “Prendre le temps…

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