Nos enfants, des bateaux…

Un soir, la semaine dernière, j’étais au resto.  À côté de nous, une tablée : des parents, des adultes, un bambin et une bébé fille âgée d’environ 3 mois, habillée de tulle et de rubans… elle doit mettre ces vêtements-là seulement quand il y a une grande sortie 🙂  Pour quelques instants, je me suis installée dans ses souliers, dans sa tête, dans son cœur.  Il y avait du bruit, vraiment beaucoup de bruit et des bruits de toutes sortes.  Il y avait de la lumière blanche très crue.  Soudainement, on lui a fait vivre l’expérience du « body surfing » comme dans les concerts rock et je ne crois pas qu’on avait pris le temps de l’avertir de ce qui allait se passer.  Elle a atterri dans les bras d’une femme et dans le mouvement qui la portait de sa maman vers cette femme, son corps était en extension, raide, arqué vers l’arrière, sa tête cherchait à se relever vers l’avant et ses yeux étaient tout grands ouverts, sa bouche formait un rictus de presque pleur… elle n’avait pas l’air d’apprécier l’expérience.  La femme en question l’a prise, elle semblait très heureuse de coller ce bébé contre elle… et bébé ne semblait pas apprécier l’expérience malgré les nombreux changements de position.  Ça n’a pas été long que la petite s’est mise à pleurer… la dame s’est levée pour la promener…  La dame semblait en extase, cherchant à blottir bébé contre elle et bébé pleurait en cherchant à se décoller d’elle… Dire que j’ai déjà été l’adulte qui « se payait la traite » en prenant le bébé d’une autre femme… mea culpa, mea maxima culpa 🙂

En rétrospective, je me demande si c’était la place d’un bébé, en soirée, dans ce resto, à ce moment-là d’affluence, de bruits, de lumière crue…  Bien sûr, maman a le goût de participer aux activités de la famille, d’aller au resto, elle peut même avoir besoin d’être avec ses proches.  Elle veut aussi que son bébé fasse partie de la vie et de la famille.  Ça revient alors à dire que maman et papa se retrouvent « pris » à prendre une décision pour s’adapter à la vie de leur « village », à un moment de leur vie où ils ont besoin, plus que jamais, d’être entourés des leurs, avec beaucoup d’amour.  Et si maman et son bébé vivaient, avec papa, dans un « village » qui les soutiendrait, les épaulerait, maman dans son nouveau rôle très exigeant des premiers mois auprès de bébé, papa dans son nouveau rôle très exigeant de protection de la dyade maman-bébé? Un « village » qui s’adapterait aux besoins de la nouvelle famille et non l’inverse…?

Fermons les yeux quelques instants.  On rejoue la scène du resto de façon différente.  Cette fois, bébé maman papa vivent dans un « village » qui s’adapte à eux, un « village » qui favorise le développement harmonieux d’un bébé à travers des « lunettes attachement ».  Dans ce « village », on comprend qu’un bébé qui reste près de sa maman et de son papa durant les premiers mois de vie, n’est pas un « bébé gâté » ni un « bébé à bras » mais un bébé qui découvre l’inconnu avec du connu, maman puis papa.  Le « village » se réunit à un moment et dans un endroit qui convient aux plus petits et à leurs parents. Dans ce « village », bébé est passé à d’autres bras si c’est bénéfique pour lui…  et la décision revient à maman et papa car ce sont eux qui connaissent le mieux leur bébé. Si leur « p’tite voix » en dedans, leur voix du cœur, leur « voix attachement », leur dit que bébé doit rester près de maman papa, alors, non, bébé ne va pas dans d’autres bras.  Point final et aucun jugement de la part de qui que ce soit de leur « village ».  Si maman papa croient que bébé peut aller voir tel adulte, ils le feront à la vitesse de leur bébé :  l’adulte s’assoit près de maman-bébé, maman présente la personne à bébé et doucement, en s’adaptant à son rythme, bébé passe à l’autre personne.  Bébé reste près de sa sécurité, sa maman son papa, dans leur champ de vision et d’audition.  Si bébé exprime son désaccord de quelque façon que ce soit, maman n’est pas loin et reprend bébé rapidement. En anglais, il y a un beau mot, « advocate », qui signifie « a person who speaks or writes in support or defense of a person; a person who pleads for or in behalf of another; intercessor; a person who pleads the cause of another…* ». Ce « village » reconnait que maman papa sont les « advocate » de leur bébé…

Dr Brazelton, pédiatre américain, comparait les enfants à des bateaux…  Un bateau, avant de voguer sur les mers du monde, doit d’abord être assuré d’avoir SA place dans un port.  Quand il en est certain, plus que certain, alors il peut, en toute quiétude, naviguer et découvrir le vaste monde car il sait qu’il peut toujours revenir au port et il aura toujours SA place à lui.  N’est-ce pas ce qu’on veut pour chacun de nos enfants…?

*Tiré de http://www.dictionary.com/browse/advocate, page consultée 2016-04-30

2016-04-30 bateau IMG_0741

Une réflexion sur “Nos enfants, des bateaux…

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